Depuis quelques années Théophraste Renaudot a sa statue sur le marché aux fleurs, à peu de distance de l’endroit où cet homme de chétive mine, ce lutteur obstiné, s’acharna à ses œuvres diverses malgré détracteurs et envieux, et finit par triompher beaucoup plus qu’il ne l’avait rêvé.
THÉOPHRASTE RENAUDOT.—LA MAISON DU GRAND COQ, BUREAU D’ADRESSES ET DE LA GAZETTE, 1631
Cette caserne de l’état-major des pompiers nous fait souvenir des premiers pompiers de Paris, des pompiers en frocs qui pendant si longtemps se chargèrent de combattre le feu. Les capucins, à Paris et ailleurs, avaient cette spécialité: ils étaient pompiers volontaires; à eux était dévolu le service de l’extinction des incendies; ces frocards avaient du bon, quand le feu éclatait quelque part, ils accouraient, au premier rang des travailleurs, luttant courageusement contre les flammes, avec de bien faibles moyens il est vrai. Plus d’un périt victime de son dévouement, on l’a vu aux grands incendies de l’Hôtel-Dieu ou du Palais de Justice.
Des moines de tous les ordres si nombreux et si divers qui pullulaient dans la grande ville les capucins étaient l’un des ordres les plus connus, et sur lequel aussi s’est exercé le plus volontiers la verve des railleurs. Ils possédaient quatre couvents à Paris; celui de la rue Saint-Honoré, s’il manquait des beautés architecturales des monastères plus anciens, était le plus important. Rameau de l’ordre de Saint-François, les capucins, nommés ainsi de leur capuchon pointu, étaient venus en France sous Charles IX, au moment le plus chaud des querelles religieuses, et s’étaient jetés aussitôt dans la mêlée où s’agitaient déjà tant de prêtres et de religieux.
Ces frocards furent bientôt populaires parmi les gens de la Ligue qu’enflammaient leurs prédications, leur zèle plein de faconde, en dépit des moqueries des politiques et des gens de sens plus rassis. Leur premier couvent était situé à l’endroit où fut depuis l’hôtel de César de Vendôme, puis la place Vendôme. Expropriés au commencement du XVIIe siècle, ils s’établirent en face de cet hôtel de Vendôme, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à côté des Feuillants, moines de l’abbaye de Feuillant en Languedoc, venus à Paris presque en même temps que les capucins et comme ceux-ci enragés ligueurs.
LA MORGUE AUX JOURNÉES DE 1830.—QUAI DU MARCHÉ-NEUF
Deux figures de capucins de la grande époque méritent bien quelques mots, leurs tombeaux d’ailleurs étaient voisins dans l’église des Capucins. C’est d’abord le père Ange, précédemment Henri comte du Bouchage et plus tard duc de Joyeuse, qui avait pris le froc par désespoir de la mort de sa femme. Après la journée des Barricades le père Ange, pieds nus, conduisit à Chartres où était le roi, dans le but d’entrer en négociations au nom de la Ligue, la fameuse procession de capucins chantant des psaumes et se fouettant à tour de bras. Il fut d’ailleurs assez mal reçu.—Fouettez tout de bon, disait Crillon sur son passage, c’est un lâche qui a quitté la cour par peur des coups!...
Ses frères Joyeuse et Saint-Sauveur ayant été tués tous deux à Coutras, son troisième frère étant mort aussi peu après, le père Ange laissa le froc pour reprendre, avec le titre de duc de Joyeuse, le morion et l’épée, et se jeter à son tour dans la mêlée des guerres civiles.