Au triomphe définitif d’Henri IV, il fit sa soumission, récompensée par le bâton de maréchal de France. Un jour, sur une plaisanterie d’Henri IV qui lui rappelait sa capucinade, le maréchal duc de Joyeuse changea encore brusquement, il abandonna la cour, jetant aux orties le bâton de maréchal pour reprendre le froc et redevenir le père Ange, simple capucin cherchant par de dures pénitences à obtenir du ciel le pardon de sa fugue, et finissant par mourir au cours d’un pèlerinage entrepris pieds nus vers la ville éternelle.
Voltaire a résumé cette existence bizarre dans un vers de la Henriade:
Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire.
L’autre capucin fut un autre personnage que ce pauvre père Ange. Ce n’est rien moins que le père Joseph, l’Eminence grise, le conseiller, l’ami fidèle de l’Eminence rouge, le cardinal de Richelieu. On sait quel fut son rôle auprès du terrible politique. Cette robe de bure cachait une âme austère et dure: le père Joseph né gentilhomme, mais sans la moindre ambition personnelle, simple moine redouté autant que le ministre, tenant en main les fils de toutes les intrigues secrètes, de toutes les trames compliquées de la politique du cardinal, mêlé à toutes les affaires, travaillant à tous les grands projets, diplomate et négociateur, fut le plus infatigable et le plus désintéressé des collaborateurs et il mourut à la peine, usé autant que son ami et peu avant lui.
Après avoir fortement soufflé sur le feu des guerres civiles, et figuré brillamment à la fameuse Revue des moines de la Ligue défilant casque en tête et mèche allumée de Notre-Dame à l’Hôtel de Ville, les capucins, redevenus d’humbles moines mendiants, éteignaient donc les incendies. Mme de Sévigné raconte dans une de ses lettres l’incendie de la maison de M. de Guitaut, son voisin de la rue Saint-Claude, et les montre dans leur mission de dévouement.
Ceux-ci étaient des capucins du Marais, car dès les premières années du XVIIe siècle, d’autres maisons de cet ordre s’étaient fondées, les capucins du faubourg Saint-Jacques en 1613,—leur couvent est devenu l’hôpital du Midi,—et les capucins du Marais un peu plus tard. Les capucins du faubourg Saint-Jacques émigrèrent en 1782 et devinrent les capucins de la Chaussée d’Antin, on leur avait construit une église et un couvent nouveaux, ils n’eurent guère le temps de s’installer, car la Révolution vint les chasser; leur église s’appelle aujourd’hui Saint-Louis d’Antin et leur couvent Lycée Condorcet, après avoir été lycée Bonaparte, Bourbon, Fontanes.
ANCIEN DORTOIR DES BERNARDINS, RUE DE POISSY
Les Capucins restèrent les seuls pompiers de Paris jusqu’à l’organisation d’un service spécial. Les pompes furent, paraît-il, employées pour la première fois en 1705, à l’incendie du petit Saint-Antoine. C’était une importation d’Allemagne; on acheta, au moyen d’une loterie, une vingtaine de pompes dont il ne paraît pas que l’on sut bien se servir tout d’abord. En 1722, un corps spécial de pompiers fut organisé, ce fut l’embryon de notre courageux régiment des sapeurs-pompiers dont l’état-major habite la Cité.
De la pointe de l’archevêché, on peut voir sur la rive gauche de la Seine une autre caserne de pompiers installée dans un des rares débris des couvents du moyen âge arrivés jusqu’à notre époque, dans l’ancien réfectoire et dortoir des Bernardins subsistant rue de Poissy, magnifique bâtiment à vingt arcades ogivales.