PLACE DU PARVIS NOTRE-DAME (XVe SIÈCLE)
Imp. Draeger & Lesieur, Paris
Ces réformes, tout urgentes et sages qu’elles fussent, étaient pour la plupart bien prématurées en pleine féodalité, trop en avance sur les idées du temps, et restaient incomprises même, en dehors d’un très petit nombre de députés avancés. On comprenait mieux les mesures d’intérêt immédiat, ou lorsque l’on voyait les Etats exiger du Dauphin le renvoi ou la suspension des anciens conseillers du roi et la punition des prévaricateurs. Moyennant l’acceptation de ces réformes, les Etats offraient au Dauphin trente mille hommes d’armes et les subsides nécessaires à lever sur les bonnes villes et les gens d’Église.
LE GIBET DE MONTFAUCON
Les Etats, en plus de l’ordonnance de réformation, imposaient au Dauphin un grand conseil de trente-quatre membres tirés de leur sein, entre les mains desquels tous les pouvoirs devaient être concentrés. C’était en réalité la bourgeoisie comptant dix-sept représentants dans ce conseil, qui prenait en mains le gouvernement. Tout de suite une réaction se fit; des protestations du roi Jean, prisonnier en Angleterre, arrivèrent contre tout ce qui avait été ordonné par les Etats, et le Dauphin entama la lutte contre Marcel. Ce fut une année d’intrigues et de violentes discordes, ce pendant que gens d’armes et routiers anglais, soudards navarrais ou simples brigands infestaient tout le centre de la France, pillant, rançonnant et ravageant villes et villages. La lutte entre le Dauphin d’un côté, Etienne Marcel et l’évêque de Laon, Robert le Coq, de l’autre, se compliqua des menées de l’odieux roi de Navarre, Charles le Mauvais, petit-fils de Louis le Hutin, déjà souillé de crimes, et alors emprisonné pour une conspiration contre le roi Jean, dans laquelle il avait fait entrer le Dauphin lui-même. Sorti de prison grâce à Robert le Coq et à Marcel, le roi de Navarre ajouta aussitôt aux difficultés de la situation qu’il avait intérêt à embrouiller. Il enserra Paris avec ses bandes de routiers appuyées de compagnies anglaises, heureux du sanglant gâchis dans lequel il voyait la France se débattre et perdre toutes ses forces, et espérant, le moment venu, en recueillir tout le profit.
Dans Paris les partisans d’Etienne Marcel adoptèrent en signe de ralliement le chaperon de drap mi-partie rouge et pers (bleu verdâtre) auquel les plus résolus, les meneurs de la foule, ajoutaient des agrafes émaillées où se voyaient gravés les mots «A bonne fin», indiquant leur volonté de suivre Marcel jusqu’au bout et de l’aider à maintenir contre tous les réformes établies.
Le Dauphin venait d’ailleurs de donner prise contre lui aux chefs du parti populaire, par une ordonnance concernant les monnaies, c’est-à-dire par une altération de ces monnaies. De plus, un événement tragique survenu quelque temps auparavant avait surexcité les esprits. Un nommé Perrin Marc ayant rencontré le trésorier et conseiller du duc de Normandie, Jean Baillet, le tua d’un coup de couteau et se réfugia dans l’église Saint-Merry, lieu d’asile. A la nouvelle du meurtre, le Dauphin courroucé, sans tenir compte du droit d’asile, envoya Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et Guillaume Staise, prévôt de Paris, avec une troupe d’archers qui, trouvant les portes de l’église barricadées, durent les brûler pour parvenir jusqu’à l’assassin. Celui-ci traîné au Châtelet eut le lendemain le poing coupé sur le lieu du crime et fut ensuite accroché au gibet.
Mais l’évêque de Paris s’émut tellement de cette violation du droit d’asile qu’il fallut dépendre l’assassin du trésorier et le ramener au moutier de Saint-Merry pour l’enterrer en grande solennité. Etienne Marcel avec un grand nombre de bourgeois conduisait le corps, et ce, le même jour que le Dauphin suivait les obsèques de son trésorier assassiné.
Une sorte de fièvre s’emparait de tous, fièvre faite des tristesses présentes et des inquiétudes où se débattait la population, dans ce Paris rempli de réfugiés, bourgeois, nobles, moines et nonnes chassés des bourgs, des châteaux, des couvents de la région par les ravages des routiers.