L’Université de Paris et le clergé même semblaient prendre parti contre le Dauphin et intervenaient auprès de lui, en le sommant pour ainsi dire de faire droit aux réclamations du roi de Navarre.

En ce moment l’échevinage et les bourgeois, pour obtenir du ciel la fin des maux qui accablaient le pays, firent vœu d’offrir chaque année à Notre-Dame un cierge de la longueur de la muraille d’enceinte de la ville, c’est-à-dire mesurant exactement 4,455 toises, chandelle démesurée, en cire flexible, qui devait brûler nuit et jour aux pieds d’une image de la Vierge. Le vœu fut tenu exactement et dans la forme dite, sauf quelque temps sous la Ligue. Mais en 1605 le prévôt des marchands, François Myron, substitua au cierge de la dimension des remparts un lampadaire d’argent avec un cierge encore monumental par la grosseur, mais de longueur plus ordinaire.

ÉTIENNE MARCEL HARANGUE LE PEUPLE A LA MAISON AUX PILIERS

Dans la grande ville tourmentée et tumultueuse, les colères populaires surexcitées par les événements journaliers, chauffées à blanc par les factieux, entretenues par des confréries bourgeoises et des associations de corps de métiers, éclatèrent enfin dans une journée révolutionnaire. Le 22 février 1358, le palais de la Cité, résidence royale, fut forcé et envahi comme devaient l’être d’autres châteaux royaux, quelques siècles après,—une fois même juste au même jour de février. Le matin de ce jour, le prévôt des marchands réunit à Saint-Eloi dans la Cité, tout proche du Palais, environ trois mille gens de métier, tous bien préparés par les meneurs et décidés à mettre la main sur le Dauphin pour l’enlever à ses conseillers de la noblesse, et le forcer définitivement à gouverner selon les vues populaires.

L’exaltation de la foule en armes était si grande que le prévôt des marchands arrivant à Saint-Eloi, accompagné des échevins, n’eut besoin de rien dire pour attiser ou diriger ces fureurs, car aussitôt la troupe, dans un tumulte de cris et de vociférations, s’ébranla et marcha sur le Palais, grossie par d’autres bandes de forcenés débouchant de toutes les rues, descendant par les ponts en brandissant leurs armes.

Cette foule déjà venait de massacrer un partisan du Dauphin, Regnaut d’Acy, avocat au parlement, rencontré comme il sortait du Palais. Reconnu dans la rue, il s’était réfugié dans la boutique d’un charcutier où, sans lui donner le temps d’implorer, on l’avait percé de coups.

Quand la multitude armée se présenta aux portes du Palais, on essaya en vain de la retenir. Les gens du roi ne voulaient laisser passer que le prévôt avec une délégation de la foule, mais ils furent bientôt bousculés et forcés, et aussitôt le flot des assaillants se répandit par tout le Palais. Les galeries, la grande salle se trouvèrent en un clin d’œil envahies par de rudes compagnons en jacques de mailles, coiffés de bassinets de fer ou de chaperons aux couleurs parisiennes, hérissés de toutes les armes possibles. Ils ne rencontrèrent aucune résistance. Marcel à la tête des plus hardis de sa troupe marcha droit à l’habitation royale derrière la galerie des Merciers, jusqu’à la chambre du Dauphin où celui-ci, reculant devant les envahisseurs, s’était retiré avec ses principaux officiers.