LES CORPS DES MARÉCHAUX DE CHAMPAGNE ET DE NORMANDIE TRAÎNÉS SUR LE GRAND PERRON DU PALAIS

—Sire, dit Marcel au Dauphin, ne vous ébahissez pas de choses que vous voyez, car il est ordonné et convient qu’il soit ainsi fait.

Il se trouvait dans cette chambre, parmi les officiers du Dauphin, Jean de Conflans, maréchal de Champagne, et Robert de Clermont, maréchal de Normandie, tous deux vaillants hommes de guerre et conseillers énergiques du prince, des plus détestés par le parti des États. Marcel les désigna à ses gens en disant: «Faites en bref ce pourquoi vous êtes venus ici.» Aussitôt ses hommes se jetèrent sur Jean de Conflans qui ne put se défendre et fut abattu sur le lit du Dauphin, aux pieds du prince sur lequel jaillirent des éclaboussures sanglantes.

Robert de Clermont recula en essayant de se mettre en défense dans une pièce voisine, mais il tomba bientôt massacré à son tour et son cadavre fut rapporté dans la chambre à côté de l’autre.

Les autres officiers du Palais s’échappèrent à ce moment et laissèrent seul, dans la poussée tumultueuse, au milieu des massacreurs, le Dauphin très effrayé, mais Etienne Marcel, resté près de lui à côté des deux cadavres, enleva le chapeau du prince et lui mit sur la tête son chaperon aux couleurs parisiennes en lui disant de n’avoir plus rien à craindre.

Ces meurtres eurent lieu dans ce qu’on appelait les hautes chambres à galathas ou de galetas, construites par le roi Jean au-dessus de la chambre verte dans la tour carrée à l’angle gauche du logis royal (de saint Louis ou Philippe le Bel) donnant d’un côté sur les jardins du Palais et de l’autre sur la galerie aux Merciers et la Sainte-Chapelle.

Les gens de Marcel, triomphants, traînèrent les deux corps «moult inhumainement, par devant Monseigneur le Duc» jusqu’en la cour du Palais sur le grand perron, où il les laissèrent étendus et découverts à la vue de tous. Ensuite Marcel et ses compagnons se dirigèrent vers «la Maison en grève qu’on appelait la maison de la ville»,—ainsi qu’il a été fait maintes fois depuis, après d’autres envahissements de palais.

LA FUITE DU DAUPHIN SOUS LE GRAND PONT

C’est Marcel qui avait fait l’acquisition de cette maison dite aussi Maison aux Piliers, pour y réunir les administrations municipales jusque-là éparpillées, à ce qu’il semble, dans plusieurs locaux: le petit parloir aux Bourgeois, entre le Châtelet et la chapelle Saint-Leufroy, et un autre parloir occupant une tour encastrée dans le rempart de la ville, près des Jacobins de la rue Saint-Jacques.