Des restaurations importantes, de vastes remaniements eurent lieu sous le roi Robert, fils de Hugues Capet, puis saint Louis commença une reconstruction totale achevée sous Philippe le Bel.
Le palais demeure encore résidence des rois après saint Louis; le Louvre est un château-fort extérieur, l’hôtel Saint-Paul plus tard est préféré, mais en bien des occasions, aux jours troublés, ainsi qu’aux jours de fêtes solennelles, les rois reviennent à l’antique berceau de la monarchie.
Puis le Parlement reste seul en possession, puissance grandissante, en lutte si souvent avec le pouvoir royal; c’est une autre royauté qui commence là, lentement et qui se développe à l’ombre des vieilles tours. Dans ce vieux palais, il semble que toutes les institutions de la France doivent prendre germe, car après les préfets des Empereurs, les chefs francs, les ducs de France et les rois, le pouvoir législatif lui-même, comme ou l’entend aux temps modernes, en sortira. La filiation est directe, du Parlement naîtront les États généraux, et des États généraux l’Assemblée nationale; et le vieux Parlement mourra de l’enfantement le 3 novembre 1790.
Pour Notre-Dame, à l’autre extrémité de la cité, merveilleuse cathédrale élevée par le XIIIe siècle à la place d’églises plus modestes qui s’étaient succédé sur le même point, augmentant en grandeur et en splendeurs à chaque reconstruction, pendant des siècles l’écho de tous les grands événements, heureux ou malheureux pour notre pays de France, s’est répercuté sous ses voûtes. Les vagues de l’histoire, pour ainsi dire, à chaque grand fait sont venues battre ses murs.
Saint Louis vient solennellement à Notre-Dame en partant pour sa première croisade, Philippe le Bel y convoque les États généraux pour s’appuyer sur la nation dans sa lutte contre le pape Boniface. Après les désastres des XIVe et XVe siècles, quand le pays est aux Anglais, le roi d’Angleterre s’y fait couronner roi de France bien peu de temps avant le définitif retour de fortune qui verra Charles VII le Victorieux rentrer dans Paris, et le léopard britannique reculer jusqu’à Calais.
Dans les guerres civiles du siècle suivant, Notre-Dame sera une caserne de la Ligue et logera dans ses galeries les troupes guisardes, des bataillons de parisiens ligueurs. Enfin, toutes les victoires des armes de France sous l’ancienne monarchie apporteront pour les accrocher sous les voûtes augustes, les drapeaux sanglants, noircis et déchirés, enlevés à l’ennemi. Notre-Dame aura pour «Tapissiers», les grands généraux de la monarchie Condé, Turenne, Luxembourg, le maréchal de Saxe...
Puis éclate l’orage de la grande Révolution, c’est le temps des écroulements. Notre-Dame au début de la tourmente abrite quelques jours, dans une salle de l’archevêché, l’Assemblée Nationale venant de Versailles. Et quand le trône a croulé, quand on veut sur ses débris jeter les ruines de la vieille religion, c’est la déesse Raison, représentée par une plantureuse beauté de l’Opéra, qu’on installe sur l’Autel. Lorsqu’une quatrième dynastie se fonde, trempée dans le sang de l’Europe qui coule dans les grands carnages du commencement de notre siècle, Notre-Dame remplace Reims, et voit un pape enlevé de force à Rome sacrer empereur le grand soldat qui promène à travers les nations la France ivre de gloire militaire, les bandes gauloises guidées par les victoires tourbillonnantes.
LE PETIT PONT. LUTÈCE GALLO-ROMAINE
La cité de Paris c’est tout cela, c’est tout ce passé, tous ces grandioses souvenirs qui planent autour de ces deux monuments, sévère château d’avant et splendide château d’arrière de la nef parisienne. Il y a mille autres choses encore sur cet étroit espace, la barbarie conquérante, la féodalité, la royauté, la religion—la science naissant avec l’université sous la cathédrale,—la Justice, le Parlement;—et des souvenirs de combien d’événements, des luttes anciennes, des querelles passées et de tous les soulèvements d’autrefois;—des vestiges de vieilles traditions rappelées par tant de vieilles pierres,—de l’histoire se levant à chaque tournant de ruelle, surgissant de chacun de ces pavés tant de fois soulevés...