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A jamais resteront enveloppés dans une profonde obscurité les temps qui virent la vieille Gaule devenir peu à peu la terre des Francs. Il y a un grand siècle de luttes pied à pied, sur lesquelles nous n’avons que de vagues données, les grands traits sans le détail, des dates d’incursions, de saccages de villes par les barbares, ou de retraites forcées de ceux-ci derrière leurs forêts et leurs rivières. Malgré les échecs d’expéditions, malgré les revers parfois éprouvés, il sort toujours, des marécages du Nord ou des forêts d’Outre-Rhin, de nouvelles bandes de barbares entraînées par le plus farouche courage, des hommes grands aux longues moustaches blondes ou rousses, se lançant couverts de toiles et de peaux de bêtes, la framée et l’angon, la pique en hameçon à la main, à la conquête du butin ou des terres. Ils font des progrès peu à peu et gardent ce qu’ils ont conquis, s’établissent solidement dans certaines régions et poussent toujours des pointes en avant.
Alors dans la vieille Gaule romanisée, dévorée morceau à morceau, les chefs francs se découpaient avec l’épée des royaumes au hasard de leurs convenances ou des événements de la conquête, royaumes qu’ils étaient à l’occasion prompts à s’arracher les uns aux autres et qui fondaient rapidement dans des partages répétés, par succession, par force, ou de gré à gré.
C’est probablement le rude Hlodowig ou Chlodowig, dont nous avons fait Clovis Ier roi de France, alors que de son temps la France n’existait pas, vaillant, terrible, féroce et astucieux, véritable type du chef franc, qui mit le premier la main sur la ville de Lutèce et l’incorpora dans les territoires conquis au nord de la Gaule.
Ce ne fut pas sans peine; longtemps les Francs restèrent cantonnés vers les rives de l’Oise, la grande masse de la nation étant occupée ailleurs dans l’empire entamé de tous les côtés, dans la Gaule de l’est et du sud que les barbares disputaient aux Romains et s’arrachaient entre eux. Chlodowig, fils de Childeric Ier, quand il eut enlevé Soissons, tourna cinq ans autour de Lutèce. Les Romains luttaient encore en certaines parties de la région, et sur d’autres points les villes gallo-romaines du nord-ouest s’étaient confédérées pour leur défense particulière, sous la direction de leurs évêques.
Sainte Geneviève, qui déjà du temps de l’invasion des Huns avait sauvé Paris eut encore, avec l’évêque de Paris, à soutenir la constance des Parisiens affamés par les bandes franques, installées dans les camps fortifiés autour de la ville. Elle organisa même et dirigea de sa personne une expédition de ravitaillement sur Melun, un convoi de barques qui profita de quelque circonstance inconnue du siège, pour aller chercher des vivres amassés à l’intention de Lutèce dans l’île de Melun.
L’un de ces camps, l’établissement le plus important, le lower ou lowar, mot signifiant camp fortifié, était situé sur la rive droite en face des prairies où fut plus tard Saint-Germain des Prés. C’était une grande enceinte carrée couverte par un large fossé dérivé de la Seine, et défendue au sommet du vallum par de fortes palissades. Des logements, des bâtiments divers s’élevaient çà et là dans l’intérieur de l’enceinte. Au centre, sur une motte, s’élevait une grosse tour de pierres et de bois, un donjon de vastes proportions où pouvaient se retirer les défenseurs si le camp était forcé. C’est ce lower, dont Philippe-Auguste put trouver encore les ruines et les fossés, qui devint plus tard le château du Louvre, et la grosse tour au milieu de la cour carrée put remplacer le donjon primitif des Francs.
LA PORTE DE L’EAU. LUTÈCE GALLO-ROMAINE
Clovis s’installa sans doute là, attendant la chute de la ville ou un arrangement possible avec les évêques et la ligue des villes, car, en même temps que l’on combattait, on négociait aussi. Cet arrangement put enfin se conclure sous une forme inattendue, par un mariage. Clovis épousait Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes, lequel avait assassiné son frère pour ne point partager son trône avec lui.