Clotilde était chrétienne et Clovis promettait de se laisser instruire dans la religion du Christ. La résistance ne pouvait que retarder sans l’empêcher la chute désormais fatale des dernières cités gallo-romaines, les évêques le comprirent et composèrent avec le Sicambre.
Clovis, vers 493, est maître du territoire de Lutèce. Sa puissance augmente rapidement, le succès l’accompagne dans les incessantes expéditions qu’il entreprend et dans toutes les luttes qu’il doit soutenir. A force de victoires, d’habiletés politiques et aussi de crimes heureux, Hlodowig, à ses débuts simple chef d’une tribu, concentre entre ses mains les territoires arrachés aux Romains, les possessions enlevées à ses parents massacrés, à ses rivaux vaincus, et devient un puissant monarque.
Fatigué par tant de luttes, par trente années de courses commencées à l’âge de quinze ans, le roi franc s’établit à Lutèce dans les palais laissés par les préfets romains, Hlodowig habita soit le palais des Thermes dans le faubourg méridional de Lutèce, au pied du mont Lucotitius, où, devenu chrétien, il faisait construire la basilique destinée à devenir l’église Sainte-Geneviève, soit le palais qui existait dans l’île à la pointe tournée vers le couchant. Ce palais d’une importance considérable déjà, dans une admirable situation, dominait toute la fuite de la Seine vers les collines de l’ouest; au pied de ses tours, des jardins enclos par la muraille de la cité s’en allaient rejoindre l’avant-garde de petites îles verdoyantes précédant la grande île, maintenant soudées à elles et formant le terre-plein du Pont-Neuf.
Un des égorgements le plus fameux parmi tous les égorgements de frères, d’oncles, de neveux ou de fils qui remplissent les annales de ces temps, et qui étaient la façon dont les rois barbares réglaient l’ordre de succession dans les royaumes qu’ils essayaient de fonder, le meurtre des fils de Clodomir eut lieu à Lutèce, et selon toutes probabilités dans ce palais de la Cité. Les royaumes réunis par le brutal génie de Clovis, à sa mort, avaient été partagés entre ses quatre fils, qui n’avaient pas tardé à essayer de s’enlever réciproquement des morceaux de leurs parts respectives. Ils se tendaient mutuellement embûches et pièges et cherchaient à s’assassiner, mais chacun se tenait sur ses gardes. Enfin l’un d’eux, Clodomir roi d’Orléans, ayant trouvé la mort dans une expédition en Burgondie, entreprise à l’instigation de leur mère Clotilde, Clotaire, roi de Soissons, et Childebert, roi de Paris, s’entendirent pour supprimer les enfants que leur frère avait laissés.
Leur grand’mère, la vieille reine Clotilde, avait pris ces trois enfants avec elle dans le palais des Thermes qu’elle habitait. Les deux oncles se réunirent à Paris au palais de la Cité; et, sous prétexte de faire reconnaître par les principaux chefs francs appelés à Paris la transmission du royaume de Clodomir à ses enfants, ils demandèrent à la vieille reine de les leur envoyer. Celle-ci tout heureuse de ces bonnes dispositions des deux rois s’empressa de remettre les enfants à leur messager.
Dès que Clother et Childebert eurent leurs neveux entre les mains, ils envoyèrent un second messager à la grand’mère. C’était un gallo-romain, entré au service des conquérants germains. Le message était simple et d’une clarté terrible. Éloquemment l’homme présenta des ciseaux et une épée nue à Clotilde:
—Tes fils, reine, les très glorieux rois Clotaire et Childebert te demandent d’ordonner toi-même comment tu entends que les enfants soient traités... Veux-tu qu’ils vivent, les cheveux coupés dans quelque église, ou veux-tu qu’ils meurent par l’épée?
Clotilde, dans le trouble de sa fureur indignée, répondit imprudemment: «Si on ne les élève pas sur le trône, j’aime mieux les voir morts que tondus!» Le messager n’en demanda pas davantage et retourna aussitôt au palais porter le mot fatal échappé à la reine.
ENTRÉE DE LA SEINE DANS PARIS
LES CHAÎNES DE LA TOUR BARBEAU A LA TOURNELLE