Après la dernière station aux Filles-Dieu, le cortège arriva vers une heure de l’après-midi à Montfaucon. Le roi durant le procès était rentré de captivité; Semblançay, ne pouvant croire qu’il le laisserait mourir, obtint de Maillard qu’on différât l’exécution pour attendre la grâce. Le malheureux vieillard dans les angoisses de la mort espéra cette grâce au pied du gibet pendant toute l’après-midi; elle ne vint pas et après six heures d’une terrible agonie il fallut laisser faire le bourreau.
ANCIEN ESCALIER DE LA COUR DES COMPTES
MAINTENANT A L’HÔTEL DE CLUNY
Plus tard l’instrument de cette mort, le conseiller Genti, devenu président au parlement, se trouva poursuivi pour faits de concussion et fut condamné par le parlement même. A son tour, après dégradation, il vint à Montfaucon finir où avait fini sa victime.
Presque en même temps se terminait un autre procès fameux, celui du connétable de Bourbon, autre victime de la duchesse d’Angoulême et du cardinal chancelier Duprat, poussé à la trahison par leurs persécutions. Jeune et beau, magnifique seigneur et capitaine renommé, il n’eût tenu qu’au connétable de devenir le beau-père de François Ier en épousant en secondes noces Louise de Savoie, mais il repoussa les avances de la duchesse et les propositions directes qui lui furent faites. Il se créa ainsi une vindicative et cruelle ennemie qui, liguée avec le chancelier, autre ennemi de Bourbon, jura sa perte.
L’attaque ne se fit pas attendre. Charles de Bourbon, veuf de Suzanne de Bourbon sa cousine germaine, étant par contrat de mariage héritier de tous ses biens, la duchesse alors régente du royaume fit intenter au connétable un procès en Parlement pour obtenir la nullité de la donation.
Il s’agissait pour le connétable de la presque totalité de ses biens qui devaient, s’il perdait sa cause, revenir les uns à d’autres héritiers, les autres à la couronne. Une première partie du procès fut perdue, le comté de la Marche fut enlevé au connétable et Duprat obtint la mise sous séquestre du reste des biens.
Le cœur ulcéré, se voyant déjà ruiné, le connétable ne respira plus que vengeance. Travaillé par des émissaires de Charles-Quint, il rêva de concert avec l’Empereur l’écrasement de François Ier. Dans le démembrement de la France qui devait s’ensuivre, une part devait lui être faite qui viendrait s’ajouter à ses possessions territoriales, pour constituer à son profit un royaume indépendant, ressuscitant l’antique royaume d’Arles.
Pendant que François Ier s’acheminait avec son armée vers l’Italie où son connétable devait venir le rejoindre, celui-ci tout à coup levait le masque et, pour s’en aller se mettre à la tête des armées de Charles-Quint, s’enfuyait déguisé en valet, seul avec un gentilhomme; montés sur des chevaux ferrés à l’envers, ils gagnaient la frontière par une chevauchée haletante à travers l’Auvergne et le Dauphiné. L’an d’après, sur le champ de bataille de Pavie, le roi et le connétable devaient se retrouver.
Le procès de Bourbon dura des années: on jugea d’abord à Loches ses confidents qui furent condamnés à mort, mais non exécutés. Parmi eux se trouvait le sire de Saint-Vallier, père de Diane de Poitiers.