Condamné à mort par le parlement, le comte de Saint-Vallier fut tiré de la Conciergerie un matin, et conduit à la Table de marbre pour y entendre la lecture de son arrêt. Mis sur un cheval avec un archer en croupe derrière lui, on le conduisit en Grève pour y subir sa peine. Déjà il avait la tête sur le billot, lorsqu’un courrier de Blois apportant sa grâce, put fendre la foule assez à temps pour arrêter la hache déjà levée. La légende qui lui fait devoir sa grâce à la beauté de sa fille est détruite par ce fait que Diane était alors toute jeune enfant.
Quelques pairs réunis au Parlement et présidés par le roi lui-même commencèrent le procès de Bourbon en 1523, mais la défaite de Pavie vint bientôt l’interrompre, et dans le traité de Madrid qui termina la captivité de François Ier, il fut stipulé que le connétable rentrerait dans tous ses biens et honneurs.
Ce traité, François Ier n’avait pas l’intention de l’exécuter; aussitôt de retour en sa capitale, il réunit au Palais en séance solennelle le Parlement, les grands du royaume, les cardinaux, des archevêques et évêques, des députés des Parlements de province et le corps de ville de Paris pour s’en faire imposer en quelque sorte la non-exécution. La guerre allait se rallumer. Le 5 mai 1527, à la prise de Rome, un coup d’arquebuse, bientôt vengé dans l’effroyable sac de la ville éternelle, renversait dans le fossé le connétable de Bourbon, connétable de Charles-Quint, maintenant chef d’une armée de routiers féroces, et achevait misérablement ses destins si brillamment commencés.
Le procès du connétable défunt était aussitôt repris à la Grande chambre du Parlement et, le 16 juillet suivant, le roi, les pairs et les Parlements réunis rendaient un arrêt qui condamnait et abolissait sa mémoire à perpétuité et prononçait la confiscation de tous ses biens.
A défaut du prince, l’hôtel de Bourbon, voisin du Louvre sur la berge de la Seine, paya pour lui et subit symboliquement la peine réservée aux traîtres et rebelles; on décapita ses tourelles à «hauteur d’infamie» et les écussons et armoiries, les sculptures des portes et fenêtres furent barbouillés d’ocre jaune par la main du bourreau.
Le vieux Palais fut peu de jours après témoin d’une étrange scène, d’un curieux épisode du grand drame aux tragiques péripéties, joué de champ de bataille en champ de bataille par les deux souverains qui se disputaient la suprématie européenne, le roi et l’empereur. Ce refus d’exécuter le traité, ce manquement à la parole jurée que François se faisait imposer par ses sujets, avait exaspéré Charles-Quint qui déclarait le roi traître et parjure. Les deux souverains, faisant une querelle personnelle de la lutte engagée entre les nations, échangeaient par hérauts d’armes, comme aux temps chevaleresques, des défis solennels.
François Ier chargea son héraut Guyenne de porter son défi en Espagne à Charles-Quint, lequel en retour, envoya le héraut Bourgogne remettre son cartel à Paris. François Ier voulut le recevoir dans la Grande salle du Palais avec un grand cérémonial. On avait préparé pour le roi, devant la Table de marbre, un trône élevé de quinze marches. A la droite du roi étaient assis le roi de Navarre, le duc d’Alençon, le comte de Foix, le duc de Vendôme et autres princes, à sa gauche le légat du pape, le chancelier, quelques cardinaux et archevêques. Les membres du Parlement avaient pris place plus bas, sous les princes, et les ambassadeurs des diverses puissances sous les sièges des prélats. On ne pouvait apporter plus de solennité à cette réception.
Le héraut Bourgogne, qu’une garde d’archers et de gentilshommes avait été chercher au logis à lui assigné dans le cloître Notre-Dame, fut introduit au Palais et conduit devant le trône royal. Aussitôt qu’il eut salué le roi et la noble assemblée, il voulut commencer son harangue: «Sire, dit-il, la très sacrée majesté de l’empereur...» Mais François Ier, l’interrompant brusquement, lui déclara d’un ton de colère qu’il n’avait point à haranguer, mais à remettre tout simplement la sûreté du champ, c’est-à-dire l’indication du champ clos avec les conditions du combat.
Le héraut prétendait, avant toute chose, dire ce que l’empereur l’avait chargé de dire, exposer les sujets de plainte de Charles-Quint et les motifs du combat personnel entre les deux princes, avant d’en venir au cartel lui-même. Le roi transporté de colère ne le laissa pas parler; par des sorties violentes il lui imposait silence chaque fois qu’il essayait de remplir sa mission comme on le lui avait ordonné, si bien que le héraut dut se retirer en remportant son cartel.
Une autre fois, une dizaine d’années plus tard, François Ier étant encore en guerre avec Charles-Quint, fit citer l’empereur à comparaître à sa chambre des pairs, comme son vassal pour les comtés de Flandre et d’Artois; ce fut l’occasion d’une nouvelle cérémonie. Le roi vint avec les pairs au Palais du Parlement, requit contre l’empereur et décida qu’on l’ajournerait à son de trompe à la frontière, ce qui fut fait dans les formes anciennes par des huissiers du Palais. Ensuite, l’empereur n’ayant naturellement point comparu, un arrêt du Parlement prononça la confiscation de la Flandre et de l’Artois, lesquelles provinces, malgré cet arrêt tout platonique, restèrent entre les mains de l’empereur.