LE COADJUTEUR A DEMI ÉTRANGLÉ AU PALAIS
Après quarante années de tranquillité au sortir des terribles journées de la Ligue, le Palais allait rentrer dans la politique active et entendre encore gronder les révolutions.
Ce fut le Parlement lui-même, cette fois, qui fit jaillir la première étincelle des troubles de la Fronde pendant la minorité de Louis XIV. Ces nouveaux troubles, qui furent très près de prendre la même tournure que la Révolution d’Angleterre au même moment, éclatèrent alors que la France se trouvait victorieuse au dehors, quand Mazarin, continuateur de Richelieu mais trop ami de la reine Anne d’Autriche, semblait devoir recueillir le bénéfice des succès remportés par les armées françaises à Nordlingen, à Crémone, à Lens. Mais les lauriers sont une maigre compensation à la misère et à la famine, Paris et les provinces affamés et ruinés par de longues dilapidations les dédaignaient.
CÔTÉ MÉRIDIONAL DU PALAIS ET PONT SAINT-MICHEL. XVIIe SIÈCLE
Des exactions de maltôtiers, de mauvaises opérations fiscales aggravaient cette misère et faisaient s’élever de partout des clameurs de protestation. Le Parlement s’était ému déjà de ce cri général, lorsque, fort maladroitement, le surintendant des finances Emeri, Italien comme Mazarin, en quête de ressources pour le trésor embarrassé et ne trouvant plus rien ni personne à pressurer, chercha à tirer de l’argent du Parlement lui-même, en créant des charges nouvelles et en retenant par emprunt forcé les gages de la magistrature.
Ces expédients mirent le feu aux poudres; cette fois le Parlement touché au vif, réunissant toutes ses chambres, prit franchement position contre la cour et non seulement refusa d’enregistrer tous les édits financiers, mais encore se lançant à corps perdu dans la pure politique, dans l’opposition violente, entreprit tout à coup de réclamer une réforme générale de tous les systèmes d’administration gouvernementale, quelque chose presque comme une refonte des institutions.
L’action était engagée entre le Palais et la cour; les esprits s’échauffaient, le Parlement, enflammé par la popularité que lui valaient ses réclamations et ses propositions de réformes, menait une guerre à coups d’arrêts contre les agents financiers du pouvoir, contre les intendants exécrés. Le pays se trouvait divisé en deux factions, les mazarins et les frondeurs; et la Fronde, s’obstinant et s’enhardissant chaque jour dans sa lutte contre la cour, s’essayait tout doucement à devenir une révolution.
Mazarin avait tenté de diviser les divers corps du Parlement pour en venir plus facilement à bout; le 13 mai 1648, les quatre cours souveraines, le Parlement, la Chambre des comptes, la Cour des aides et le Grand conseil, réunies à la grand’chambre, lui répondirent par l’arrêt d’union «pour servir le public et le particulier et réformer les abus de l’Etat». Le ministère eut beau casser cet arrêt d’union, le Parlement méprisa sa décision et persista dans son attitude.
La guerre de chansons et de quolibets contre le Mazarin étant commencée, l’arrêt d’ougnion ou d’ognion, comme prononçait le cardinal, fut l’occasion d’une quantité de plaisanteries et de pamphlets, comme La dernière soupe à l’ognon pour Mazarin ou Ballet dansé devant le roy, et la reine régente sa mère, mazarinade née avec une infinité d’autres, dans la grande levée de plumes de tous les petits poètes et littérateurs tiraillant en avant des grands parlementaires, contre la cour et le cardinal.