COUPOLE DE L’ANCIENNE ÉCOLE DE MÉDECINE, RUE DE LA BUCHERIE, ÉTAT ACTUEL

C’était en 1558, l’année que les étudiants eurent encore maille à partir avec l’abbaye. On sait que les écoliers, excités par Ramus, prétendant que les moines avaient tiré sur eux des coups de fauconneaux du haut de leurs remparts, brûlèrent quelques maisons du pré. Pour ce fait d’incendie, un écolier huguenot, Baptiste Croquoison, fut brûlé au Pré aux Clercs et l’on n’obtint pour lui que la grâce d’être étranglé sur le bûcher.

A cette époque déjà la rue de Seine et quelques ruelles s’intercalaient entre la porte de Nesle et le Pré aux Clercs et rejoignaient le faubourg Saint-Germain, formé entre le rempart, l’abbaye et le chemin de Vaugirard. En ce naissant faubourg Saint-Germain habitaient beaucoup de huguenots, et ceux-là seulement des seigneurs huguenots venus à Paris pour les noces d’Henri de Navarre, qui se logèrent chez leurs coreligionnaires du faubourg, échappèrent à la Saint-Barthélemy.

Certaines maisons du faubourg étaient particulièrement signalées à la haine des catholiques, les protestants s’y réunissaient pour des cérémonies religieuses et, à l’occasion, pour des conciliabules politiques. Des catholiques ardents, des écoliers rôdant en quête de tumultes, surprirent plus d’une fois le secret de ces réunions. Alors des foules ameutées assiégeaient ces maisons protestantes, tuant et pillant, aidées par les archers du guet accourus au bruit, lesquels traînaient aux prisons les malheureux huguenots hommes ou femmes, échappés à la populace.

TOURELLE DES CHARTREUX

Quelquefois les catholiques avaient affaire à forte partie, en cette petite Genève comme on appelait la rue des Marais, maintenant Visconti, au petit Pré aux Clercs, qui était un véritable centre protestant, et où certaines maisons communiquaient entre elles par des passages secrets pour faciliter les évasions en cas d’alerte. A l’attaque de la maison d’un sieur le Vicomte, deux gentilshommes chargèrent avec une telle furie les assaillants qu’ils les mirent en déroute, ce qui permit aux protestants assemblés de s’échapper. Seul le maître de la maison fut pris et envoyé avec sa famille pourrir dans les cachots du Châtelet.

Une autre fois, et pourtant dans un moment d’accalmie des querelles religieuses, les protestants, rassemblés en la maison d’un sieur de Longjumeau, furent assaillis par une bande d’écoliers et subirent un véritable siège, qui, devant la rude défense des assiégés, se changea en un blocus. Au bout de quatre jours, la maison ayant brèches ouvertes et se trouvant à moitié démolie, les protestants affamés, après avoir en vain réclamé secours au Parlement, après avoir courageusement ferraillé, profitèrent d’une négligence des assaillants pour s’ouvrir une issue par laquelle ils eurent la chance de battre en retraite, emmenant leurs blessés, mais laissant quelques morts.