LE PRÉ AUX CLERCS (XVIᵉ SIÈCLE)

Le Pré aux Clercs fut occupé par l’armée d’Henri IV en 1589, lorsque le roi tenta d’enlever Paris par une surprise qui ne réussit point. Les guerres civiles et le siège qui les termina amenèrent la ruine et la dévastation des faubourgs. Quand la tranquillité revint, des rues nouvelles se créèrent rapidement au bourg Saint-Germain.

Une circonstance hâta la fin du petit Pré aux Clercs. Marguerite de Valois, épouse divorcée de Henri IV, rentrée à Paris et logée à l’hôtel de Sens, voulut se construire un palais sur la rive gauche de la Seine, en face des Tuileries de sa mère Catherine. Sur la rue de Seine s’éleva bientôt un assez vaste hôtel de pierres et briques dont le pavillon central, terminé par un lanternon, comme le montre le plan de Méryan, donnait juste en face de la vieille porte de Nesle. Ce pavillon existe encore dans la cour du numéro 6 de la rue de Seine actuelle.

Derrière, sur les terrains du petit Pré aux Clercs et d’une partie du grand Pré, s’étendaient des jardins au milieu desquels la reine Margot installa en 1609 une communauté de moines Augustins, «les Augustins déchaussés de la reine Marguerite» dans une petite chapelle, dite chapelle des Louanges, dont le dôme fut la première coupole construite à Paris. «La reine voulut, dit Dulaure, que ces moines chantassent jour et nuit sans discontinuer de deux en deux, en se relevant d’heure en heure, à la louange du Seigneur, des hymnes et cantiques sur des airs modernes qui leur seraient prescrits. Elle exigeait, en outre, que ces frères, chanteurs éternels, ne sortissent jamais du couvent, ni eussent aucune communication avec les séculiers.»

La reine Margot ainsi faisait faire ses pénitences par d’autres. Après quelques années de plain-chant, trouvant la pénitence suffisamment faite, ou fatiguée de la musique des pauvres moines, elle les expulsa sans plus de façons, les remplaçant en 1609 par des Augustins chaussés de la réforme de Bourges, qu’elle laissa à sa mort avec des constructions commencées, beaucoup de dettes et pas de ressources.

Les Augustins trouvèrent heureusement des protections, la reine Anne d’Autriche leur éleva une église dont la chapelle des Louanges forma le chœur, et elle acheva la construction de leur couvent. A la Révolution, le couvent des Petits-Augustins devint le Musée des monuments français et plus tard l’École des Beaux-Arts. Alexandre Lenoir qui rendit à l’art d’inappréciables services, avec le concours d’une commission de savants et d’artistes, véritable commission de sauvetage fonctionnant en pleine Terreur au milieu du vandalisme déchaîné, s’efforça de réunir dans ce musée les débris intéressants de tant d’édifices renversés, de superbes morceaux, monuments artistiques, tombeaux, statues, fragments divers d’un précieux intérêt historique, tout ce qu’il put enfin arracher aux démolisseurs forcenés, à travers de nombreux dangers et même au prix d’un coup de baïonnette reçu en protégeant le tombeau de Richelieu.

Au delà des Augustins un grand parc, le jardin de la Reine Marguerite, ouvert au public, s’étendait le long de la Seine jusque vers la rue du Bac. Hôtel, jardin et parc furent vendus pour payer les dettes de la reine Margot, la promenade disparut au grand déplaisir des Parisiens; des hôtels et des rues s’élevèrent plus loin même que la rue du Bac. Au commencement du règne de Louis XIV, comme on le voit sur le plan de Gomboust, il ne restait plus que l’extrémité du Pré aux Clercs, derrière la Grenouillère continuant le quai Malaquais, bordée de maisons et de cabarets, avec des chantiers de bois flotté à la suite. Peu à peu, après des aliénations successives par l’Université propriétaire des terrains, le faubourg Saint-Germain dévora tout ce qui restait de l’antique Pré aux Clercs et il n’en demeure plus, comme souvenir, que le nom de rue de Sorbonne ou rue de l’Université donné à la grande voie traversant les champs d’esbattement de messieurs les écoliers, transformés en jardins d’hôtels aristocratiques.

L’HÔTEL DE BOURBON
CHAPITRE VII
PARIS FÉODAL