La berge de la Seine est défendue par un rempart depuis la tour de Nesle

LE DUC JEAN-SANS-PEUR RECEVANT CABOCHE ET CAPELUCHE A L’HOTEL DE BOURGOGNE

jusqu’au château Gaillard, petit ouvrage terminal; un passage public entre ce rempart et le mur de l’hôtel conduit à la porte de Nesle. De l’autre côté de cette porte, en dehors de la ville, le duc de Berry a bâti sur le petit Pré aux Clercs le séjour de Nesle où sont ses écuries. Pendant les guerres entre Armagnacs et Bourguignons, les Le Goix, fameux bouchers de Paris, du parti de Bourgogne, qui se livrèrent à tous les excès dans Paris, pillèrent et dévastèrent le séjour de Nesle.

JEAN SANS PEUR DANS LA TOUR DE BOURGOGNE

L’hôtel de Nesle revint à la couronne à la mort du duc de Berry et ce fut encore une princesse connue par ses désordres qui vint l’habiter, Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, en grande partie responsable des malheurs et des crimes de son temps. Les Anglais étaient à Paris, qui souffrait de la guerre et d’une famine horrible. Pendant que Charles VI végète à l’hôtel Saint-Paul entre deux accès de démence, Isabeau en son hôtel, toujours magnifiquement vêtue de robes éblouissantes, coiffée de hennins ou de «Cornes merveilleusement larges et hautes» si larges avec leurs accessoires que la reine et ses dames, lorsqu’elles voulaient passer par la porte d’une chambre, étaient obligées de se baisser et de se tourner de côté, Isabeau donne des fêtes au roi Henri V d’Angleterre, régent de France, époux de sa fille Catherine et proclamé héritier de France; elle fait représenter en l’hôtel de Nesle par les confrères de la Passion le mystère de la passion de saint Georges, en 1422, bien peu de semaines avant que mourussent le roi Charles VI et le régent Henri V lui-même.

L’hôtel eut ensuite pour propriétaires, sinon pour habitants, le comte de Richemont, connétable de France, duc de Bretagne, le comte de Charolais, Charles le Téméraire, mais il revint encore à la couronne.

François Iᵉʳ l’avait donné ou prêté à la ville de Paris pour l’installation de quelques services, pour l’établissement d’une juridiction spéciale aux écoliers. En 1540, le roi, pour loger Benvenuto Cellini et son atelier, oublia l’attribution faite à la ville, reprit le petit Nesle, c’est-à-dire la partie de l’hôtel qui touchait aux remparts et complètement séparée du grand Nesle, le grand corps du logis du fond,—mais Benvenuto n’entra pas en possession sans difficultés, le prévôt de Paris défendit ses droits contre cet intrus malgré les ordres du roi, et Cellini dut presque employer la force pour le déloger.