Cellini qui était peut-être aussi grand hâbleur qu’excellent artiste, en ses mémoires où les estocades et les arquebusades tiennent autant de place que les souvenirs artistiques, raconte avec complaisance que pour ne pas être attaqué dans son Petit-Nesle par les anciens occupants, et assassiné, il dut s’entourer de précautions et armer jusqu’aux dents ses élèves et serviteurs. Il avait mis son logis en état de siège. Une nuit rentrant avec une forte somme touchée au Louvre pour ses travaux, il faillit être assassiné sur la berge par de simples voleurs, et dut combattre et estocader avec vigueur, bien qu’il fût gêné par l’argent qu’il avait enveloppé dans son manteau.

L’hôtel de Nesle devait tomber à la fin du XVIᵉ siècle. A sa place s’éleva, sans se terminer jamais, l’hôtel de Nevers, bâti par le duc de Nevers, prince de Gonzague. Dans les bâtiments de l’hôtel de Nesle qui ne furent détruits qu’au fur et à mesure de la construction du nouvel hôtel, la belle duchesse de Nevers cacha sa douleur de l’exécution de M. de Coconas, son amant, compromis dans une conspiration du duc d’Alençon, sacrifié par cet horrible prince et décapité en place de Grève avec son ami La Mole en 1574.

La reine de Navarre, maîtresse de La Mole, et la duchesse de Nevers n’avaient pu sauver les condamnés; la légende qui souvent n’est pas beaucoup plus menteuse que l’histoire, veut que les deux princesses, la nuit de l’exécution, soient allées chez le bourreau chercher les têtes des suppliciés et qu’elles aient de leurs propres mains embaumé ces pauvres chefs sanglants. Elle ajoute, pour la duchesse de Nevers, que celle-ci, fidèle à Coconas, conserva toujours dans une armoire près de son lit la tête de l’amant infortuné.

L’histoire qui se répète quelquefois ajoute ceci, qu’en la même chambre où vécut la duchesse de Nevers avec cette sinistre relique d’amour à côté de son oreiller, un demi-siècle après, sous Louis XIII ou plutôt sous Richelieu, la petite-fille de la duchesse Marie de Gonzague, eut à pleurer sur un autre supplicié, son amant Cinq-Mars arrêté pour conspiration avec l’Espagne contre le terrible cardinal et décapité à Lyon en compagnie du pauvre de Thou, entraîné par l’amitié dans l’affaire et dont la maison était non loin de l’hôtel de Nevers, place Saint-André-des-Arts.

PASSAGE SUR LES LIMITES DU SÉJOUR BARBETTE, RUE DES FRANCS-BOURGEOIS, PRÈS DUQUEL FUT ASSASSINÉ LOUIS D’ORLÉANS

Cet hôtel de Nevers fait bonne figure dans les estampes de Callot et de Pérelle, avec ses grands pavillons de pierres et briques, avec ses toits immenses qui dominent quelques masures, vieux restes de dépendances de l’hôtel de Nesle, et les remparts à demi ruinés touchant à la porte de Nesle. L’hôtel de Nevers ne vécut pas longtemps, il fut démoli à son tour et remplacé par l’hôtel de Guénégaud, plus tard Conti, lequel céda la place à l’hôtel des Monnaies actuel.

Des hôtels élevés par les grands seigneurs féodaux, par les princes de la maison de France aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, il en est un qui traverse en partie les siècles et dont le donjon, témoin des événements tragiques de la grande querelle entre Armagnacs et Bourguignons, a survécu aux tours royales du vieux Louvre, à la Bastille, à presque tous les édifices ses contemporains. C’est la vieille tour du duc Jean sans Peur, le donjon de l’hôtel de Bourgogne, fameux à des titres divers. Précédemment le logis s’appelait hôtel d’Artois, parce qu’il avait appartenu au comte d’Artois, frère de saint Louis. Ayant été confisqué sur un de ses descendants, il fit partie de l’apanage de Philippe, quatrième fils de Jean le Bon, surnommé le Hardi parce que tout enfant, à la bataille de Poitiers, il s’était obstinément tenu en combattant à côté de son père sans vouloir le quitter.

—Père, garde-toi à gauche!... père, garde-toi à droite!... Un rude enfant qui devait être l’aïeul de Jean sans Peur et de Charles le Téméraire.