C’était le dimanche 20 août 1389. Sur le chemin de Saint-Denis se tenaient douze cents bourgeois de Paris à cheval, vêtus de vert et de vermeil. La reine Isabeau s’avançait en litière richement parée et découverte, entourée des ducs frères du roi et de dix seigneurs de haut rang à cheval, marchant au petit pas. Venaient ensuite la duchesse de Berry sur un palefroi, adextrée de deux seigneurs, la duchesse de Bar en litière, la duchesse de Bourgogne et la comtesse de Nevers, la duchesse de Touraine à cheval et une foule d’autres dames et damoiselles en chars couverts ou sur palefrois galamment harnachés, des gentilshommes, prélats et chevaliers en nombre, précédés de sergents d’armes et d’officiers du roi, ouvrant la marche et très embesognés, comme bien on pense, à percer la foule immense qui remplissait les rues et les places.

A la Bastille Saint-Denis, des enfants appareillés en ordonnance d’anges, dans un ciel semé d’étoiles et d’armoiries, chantèrent au passage du cortège moult mélodieusement et doucement. Des vins et liqueurs coulaient de la grande fontaine monumentale qui se trouvait à la hauteur de la rue Guérin-Boisseau, décorée pour ce jour de drap d’azur semé de fleurs de lis et couverte d’écussons aux armes des hauts et notables seigneurs; des jeunes filles aux riches costumes chantèrent encore en l’honneur de la reine, et chantèrent si bien que, dit le chroniqueur, «douce chose et plaisante était à l’ouïr!» Leur chant terminé elles prirent hanaps et coupes d’or et présentèrent à boire des vins de la fontaine aux nobles seigneurs du cortège.

LES CHARNIERS DE L’ANCIEN CIMETIÈRE SAINT-PAUL (1895)

A quelques pas de là, devant le moutier de la Trinité où peu après s’établirent les Confrères de la Passion, il y eut grande représentation théâtrale. On donnait le pas du roi Saladin avec une multitude de personnages; après un compliment à la reine, des personnages représentant les douze pairs de France et Richard Cœur de Lion assaillirent une forteresse défendue par Saladin et ses Sarrasins, «et là y eut par esbattement grande bataille qui dura une bonne espace».

LES PREMIÈRES BARRICADES AU TEMPS D’ÉTIENNE MARCEL

A la deuxième porte Saint-Denis, dite Porte aux Peintres, ouvrant dans l’enceinte de Philippe-Auguste, d’autres anges attendaient encore la reine, dans un ciel constellé, mais ils avaient cette fois avec eux Dieu le père, Dieu le fils et le Saint-Esprit. A l’arrivée du cortège, des chants éclatèrent dans ce Paradis, il y eut belle séance de musique, puis la porte du ciel s’ouvrit, deux anges descendirent des nuages et vinrent poser sur la tête de la reine une belle couronne d’or garnie de pierres précieuses, en lui chantant ces vers avant de remonter:

Dame enclose entre fleurs de lys,
Reine estes vous de Paris,
De France et de tout le pays.
Nous en r’allons en Paradis.