Au sommet de la porte Saint-Denis on avait construit une belle nef de charpente argentée, la nef du blason de la ville, dans laquelle des figurants costumés représentaient les trois états, clergé, noblesse et tiers. Aux châteaux d’avant et d’arrière étaient deux personnages allégoriques Justice et Equité, tandis que dans la hune du mât «qui était en façon d’un lys» se voyait un roi que deux anges conduisaient.

A l’entrée de la grande rue, la fontaine de la Reine jouait encore son rôle dans la fête. Là se vit un combat d’homme et femme «sauvages» puis «trois bien belles filles faisant personnages de sirènes toutes nues» sortirent de l’eau du bassin et chantèrent quelques motets et bergerettes au son des instruments. Le divertissement terminé les tuyaux de la fontaine se mirent à jeter du lait, du vin et de l’hypocras pour rafraîchir les seigneurs du cortège.

LA BARBE D’OR, RUE DES BOURDONNAIS

Et la fête se continuait tout le long de la rue aux endroits accoutumés. Les confrères de la Passion sur un échafaud, devant leur local du moutier de la Trinité, représentèrent le mystère de la Passion, Jésus-Christ sur la croix, entre les deux larrons. A la porte aux Peintres autre représentation. Plus loin devant l’église des Saints-Innocents, ce fut une chasse, une biche poursuivie par chasseurs et chiens menant grand bruit d’abois et de trompes. A la Grande Boucherie on avait élevé encore un château fort figurant la bastille de Dieppe, jadis enlevée d’assaut aux Anglais par Louis alors Dauphin, et quand le roi passa il se livra un merveilleux «assault de gens du roy, à l’encontre des Anglais qui furent prins et gagnez et eurent tous les gorges coupées».

Enfin au passage du cortège sur le pont au Change, tout fermé et tendu d’un ciel d’étoffes brillantes, deux cents douzaines d’oiseaux de toutes sortes s’envolèrent tout à coup, lâchés par les oiseleurs de Paris, suivant leur coutume aux entrées, «pour ce qu’ils ont sur le dict pont, lieu et place à jours de fête pour vendre les dicts oyseaulx».

En d’autres circonstances d’autres cortèges au lieu de descendre la rue Saint-Denis la remontaient. Notre rue était le chemin de l’abbaye royale de Saint-Denis. Rois et reines qui avaient suivi ce chemin à cheval ou en litière, pour leurs noces ou entrées joyeuses, un jour le reprenaient couchés dans leur bière pour leur enterrement... Si on la descendait joyeusement couronne en tête au commencement des règnes, aux retours du sacre, au temps des belles espérances, souvent déçues, plus tard la dépouille mortelle de ces rois tant acclamés refaisaient à rebours le même chemin pour aller retrouver dans les caveaux de Saint-Denis les ombres de leurs prédécesseurs.

Autres circonstances, autres pompes et autres sentiments dans les cœurs des assistants. C’était lentement, à la lueur des torches funèbres, que le cercueil royal au sortir de Notre-Dame montait vers la porte Saint-Denis, suivi par les princes, les prélats, les officiers royaux à pied. Plus de fleurs, plus de guirlandes de verdure, plus de joyeuses volées de cloches, mais au passage du cortège le glas funèbre sonné par toutes les églises, à l’unisson du gros bourdon de Notre-Dame.

L’ARBRE DE JESSÉ RUE SAINT-DENIS (1895)