Où sont les coches, les carrosses, berlines et chaises de poste qui donnaient un tel mouvement à ces rues et remplissaient à certains jours ces vastes cours de bruit et de mouvement. Au siècle dernier, du Grand-Cerf, rue Saint-Denis, partaient les carrosses de Lille, de Dunkerque, de Belgique et de Hollande, deux fois par semaine. D’autres lignes en des auberges voisines avaient leurs remises et points de départ. Les carrosses de Strasbourg partaient une fois par semaine de l’hôtel de Pomponne, rue de la Verrerie, les carrosses de Dijon deux fois par semaine, de Besançon, de Franche-Comté une fois par semaine, de l’hôtel de Sens quand il cessa de loger les archevêques Senonnais et la reine Marguerite; les carrosses d’Orléans, Tours, Bordeaux et la Rochelle gîtaient rue Contrescarpe; ceux de Soissons, Laon et Reims rue Saint-Martin.
De ces auberges des siècles passés le Compas d’Or, rue Montorgueil, bureau de roulages divers maintenant, ou le Cheval-Blanc, rue Mazet, ancienne rue Contrescarpe-Dauphine, peuvent nous donner quelque idée. La vieille cour du Cheval-Blanc, forme un joli cadre pour une arrivée de voyageurs du temps de Louis XIII et Louis XIV, si fanés que soient aujourd’hui ses bâtiments qui furent des dépendances de l’hôtel des archevêques de Lyon et où des vieux murs peut-être proviennent d’un séjour de Navarre ayant appartenu à Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel.
L’ORME SAINT-GERVAIS
C’est la vieille croisée de Paris naturellement qui eut la gloire de voir passer les premiers omnibus, bien avant ceux que nous connaissons, des omnibus du XVIIᵉ siècle, création de M. Blaise Pascal, tout simplement. Pascal avait eu l’idée de ces carrosses publics et, pour commencer, une première ligne, une route comme on disait, avait été établie du Luxembourg à la porte Saint-Antoine. Par prudence, pour garantir les véhicules contre les malintentionnés, le Grand Prévost avait, dans les premiers jours, fait monter un soldat dans chaque voiture, mais la précaution fut inutile, les carrosses omnibus à cinq sols, bien accueillis par tous, n’eurent à subir aucune insulte ni attaque.
On se rendit en foule, paraît-il, sur le Pont-Neuf et sur toute la route pour les voir passer. Ils se suivaient assez rapidement, tous les demi-quarts d’heure; la rue Saint-Denis devait avoir la deuxième route établie, mais le roi en ayant exprimé le désir, aussitôt le succès reconnu de la première ligne, on mit en service une ligne pour la porte Saint-Honoré, passant devant le Louvre, et la rue Saint-Denis vint en troisième.
Les cochers de ces omnibus, raconte Mᵐᵉ Périer, la sœur de Blaise Pascal, avaient pour uniforme des casaques bleues «aux couleurs du roi et de la ville, avec les armes du roi et de la ville en broderies sur l’estomac».
Ce fut donc un grand succès, puis, la première curiosité passée, les gens qui n’avaient pas de voiture à eux reprirent leur vieille habitude de faire leurs courses à pied, sauf à prendre aux grandes occasions une brouette ou une vinaigrette. Ces carrosses à cinq sous étaient d’ailleurs établis dans de mauvaises conditions et secouaient terriblement les huit voyageurs entassés dans leur caisse non suspendue. L’institution tomba. Le temps n’était pas encore aux grands tramways ni aux véhicules électriques.
LA CROIX DU TRAHOIR