La rue Saint-Martin dispute à la rue Saint-Fiacre l’invention des voitures de place, moins démocratiques que les omnibus. Le nom de ces véhicules leur vient-il de leur port d’attache à l’image Saint-Fiacre, rue Saint-Martin, ou de ce que leur inventeur, le sieur Sauvage, habitait la rue Saint-Fiacre, ou encore de ce que chaque voiture était ornée du portrait du frère Fiacre, moine du couvent des Augustins déchaussés ou petits Pères, très célèbre au XVIIᵉ siècle? Petite question qui reste douteuse.

C’est l’an 1739 qui les vit rouler pour la première fois avec le portrait du frère Fiacre collé sur la caisse. Les chaises à porteurs existaient antérieurement. Dès 1617, un bâtard du duc de Bellegarde en avait obtenu le privilège; c’était une invention anglaise et Londres en voyait déjà circuler dans ses rues avec grand succès.

LA FONTAINE ET LE MARCHÉ DES INNOCENTS EN 1830

Il y eut bientôt dans Paris une vingtaine de places où les chaises attendaient les clients. Outre les fiacres et chaises à porteurs, outre les vinaigrettes, qui étaient des chaises montées sur une paire de roues, tirées en avant par un homme et poussées derrière par un gamin, il y eut encore aux deux derniers siècles une entreprise qui se chargeait, non de véhiculer les Parisiens, mais seulement de les escorter le soir en les éclairant pour rentrer chez eux. C’étaient les porteurs de falots, dont l’assistance n’était pas inutile à une époque où, si les réverbères étaient ou tout à fait absents, ou très rares, les détrousseurs, tire-laine, vagabonds, voleurs et assassins l’étaient un peu moins. Mais nous aurons l’occasion de parler de ces falots plus loin.

Des vieux carrefours d’autrefois épargnés par le tracé des grandes voies modernes qui ont découpé Paris en triangles réguliers, des carrefours restés à peu près ce qu’ils étaient au temps jadis, il en reste bien peu et seulement dans les rues tombées en misère. Et c’est seulement sur ceux-là, pauvres malheureux carrefours aux façades déjetées et squameuses, qu’aujourd’hui l’on juge les autres, ceux qui ont disparu, ou dont il ne reste que le nom, s’appliquant maintenant à des devantures neuves et clinquantes. La vieille mendiante édentée et chassieuse, grognante et trognonnante, a peut-être été une jolie fille fraîche et rieuse. La ruelle sordide a été blanche et gaie, le carrefour sombre où débouchent des rues en corridors, hideuses et puantes, mal famées, mal hantées, a pu être une jolie petite place à boutiques prospères, sur laquelle tombaient, ainsi que des coulisses, des rues très éveillées, versant l’animation et la vie.

La grande rue Saint-Honoré qui forme la croisée de Paris, en rejoignant assez difficilement, il est vrai, et par maints détours, la grande rue Saint-Antoine, n’a pas moins de souvenirs que la rue Saint-Denis et à sa brillante époque, elle offre encore plus de contrastes qu’elle. Ne relie-t-elle pas les Tuileries de Catherine de Médicis, le Louvre de Philippe-Auguste et Charles V au quartier non moins royal de Saint-Paul, au Marais aristocratique, en passant par ces quartiers grouillants de populaire des Halles et des Innocents, par le sombre Châtelet, par Saint-Merry et la rue de la Verrerie?

Elle avait pour commencement sous Philippe-Auguste la vieille porte Saint-Honoré située à l’Oratoire du Louvre, laquelle fut reportée par Etienne Marcel à la hauteur de la place du Carrousel. En arrière il n’y eut jusqu’au XVIᵉ siècle qu’un embryon de faubourg, et sur toutes les buttes ou relèvements du sol, des moulins à vent, cette ancienne couronne de moulins tournant joyeusement autour de Paris.

La porte Saint-Honoré et la bastille Saint-Denis furent les deux points d’attaque de Jeanne d’Arc quand elle essaya, en 1428, d’arracher Paris aux Anglais. C’est ici qu’elle combattit elle-même et qu’elle reçut les injures et les flèches non seulement des soudards anglais, mais encore des Parisiens du parti de Bourgogne.

Deux siècles après Jeanne d’Arc, la porte Saint-Honoré se trouvait reportée encore plus à l’ouest, juste au travers de la rue Royale actuelle, au point où commence aujourd’hui le faubourg,—auquel se sont encore ajoutés depuis d’autres faubourgs et des villages soudés bout à bout, des kilomètres de maisons sans interruption, ce qui reporterait l’entrée de la rue Saint-Honoré au-dessus de Courbevoie.