LE PILORI DES HALLES
CARREFOUR BRISE-MICHE ET TAILLE-PAIN. CLOÎTRE SAINT-MERRY, 1832
II
LE PUITS QUI PARLE
Chronique des rues et carrefours de Paris.—Le Puits d’amour, la rue Pirouette et le Pilori des Halles.—Les rues de métiers.—Quelques bourgeois parisiens d’il y a longtemps.—Vieux noms de rues estropiés et dénaturés.—Noms bizarres.—Les rues à mauvaise renommée.—Cabarets d’autrefois et vieilles enseignes.—La Pomme de pin et les cabarets littéraires du XVIIᵉ siècle.—La maison de l’amiral Coligny.—L’hôtel du chevalier du Guet.—Les dernières tourelles de nos rues.—Les empoisonneurs.—Sainte-Croix et la Brinvilliers.—La fontaine des Innocents.—Souvenirs du carrefour de l’Arbre sec.—Les maisons de Molière.
SE découpant de la façon la plus irrégulière, au confluent de ces rues étranglées et tortueuses, combien pittoresques étaient ces vieux carrefours qui dans des perspectives pleines d’imprévu faisaient filer les lignes de façades à pignons aigus. Ils n’avaient pas tous d’aussi tragiques souvenirs que celui de la Ferronnerie, mais il en était peu qui n’eussent servi de théâtre à quelque épisode de commotion populaire ou de farouche révolte, comme il était peu de pavés qui n’eussent, de siècle en siècle, été soulevés pour défendre les quartiers derrière les grosses chaînes d’Etienne Marcel tendues au travers des rues, ou pour servir à confectionner les barricades de la Ligue et de la Fronde; pas de ruisseaux qui n’eussent été rougis par des rigoles de sang aux traces bien vite effacées.
La chronique des rues de Paris avait aussi ses pages presque poétiques. Que nous raconte par exemple ce vieux carrefour, qui existe encore au centre d’un quartier assez noir, à l’intersection des rues de la Grande et de la Petite-Truanderie, rues sombres et renfrognées aujourd’hui et dont le vieux nom n’indique pas non plus un passé bien noble? Là, jusqu’au siècle dernier, exista un vieux puits appelé le Puits d’amour. La légende voulait qu’une jeune fille s’y fût jetée jadis par désespoir amoureux. Au XVIᵉ siècle le puits était à demi ruiné; un amant éconduit par les parents de sa belle voulant donner raison à la légende, vint un jour s’y précipiter. Par bonheur il en fut tiré avant la noyade complète et seulement couvert de meurtrissures attendrissantes; les parents de la jeune fille touchés de cette preuve de passion lui accordèrent la main de son adorée et peu après, par reconnaissance, les mariés firent réédifier le puits, avec quelques ornements sculptés encadrant un distique: