L’amour m’a refait,
En 1525, tout à fait.
LE PUITS D’AMOUR, AU CARREFOUR DES RUES PETITE ET GRANDE-TRUANDERIE
Un cabaret établi probablement de toute antiquité en ce carrefour à l’angle des deux rues, mit le Puits-d’Amour sur son enseigne. Ce cabaret vécut longtemps mais n’existe plus malheureusement, quand tant d’autres prospèrent sous des enseignes moins jolies.
A l’autre bout de la rue de la Grande-Truanderie se trouve encore aujourd’hui un autre antique carrefour, curieux comme disposition de maisons à ventres renversés, de pignons bien plantés, mais dont l’appellation pittoresque de carrefour Pirouette rappelle de moins gracieux souvenirs que le Puits-d’Amour.
La rue Pirouette donne sur le côté des Halles centrales; jadis, du temps que les Halles possédaient leur entourage irrégulier, mais continu, de maisons à lourds piliers trapus, la rue Pirouette, comme distraction de haut goût, regardait par toutes ses fenêtres le fameux pilori des Halles. Tourelle gothique ouverte sur toutes ses faces, ce pilori n’avait pas mauvaise tournure et n’était pas dépourvu d’ornements. Le temps passé enjolivait jusqu’aux instruments de punition, les échelles patibulaires quelquefois montraient un peu de style, le puissant gibet de Montfaucon s’élevait monumental et le pilori des Halles déployait quelque élégance.
Le criminel quelconque amené au pilori avec tout un cortège de magistrats à cheval et d’archers du Châtelet, était conduit à la plate-forme ouverte de la tourelle, et là, le cou et les mains pris dans un grand cercle de bois, tournait avec le plancher en montrant successivement sa tête par toutes les ouvertures. De là, dit-on, le nom de Pirouette donné à cette rue à qui l’on offrait assez souvent l’occasion de prendre quelque amusement aux grimaces forcément grotesques des pilorisés. C’est l’origine la plus probable de la pittoresque appellation, bien que certains chercheurs prétendent aussi que Pirouette serait une déformation du nom du fief de Thérouenne sur lequel la rue fut bâtie, possession d’un évêque de Thérouenne, archidiacre de Paris au XIIIᵉ siècle, étymologie un peu tirée à quatre chevaux.
Outre le Puits-d’Amour, quelques autres puits existaient sur la voie publique. On en voyait un très beau sur la place du Cloître-Saint-Germain l’Auxerrois, il y avait le puits de l’Abbaye au marché Sainte-Marguerite devant Saint-Germain des Prés, le puits Certain au carrefour des rues Fromentel et Charretière derrière Saint-Jean de Latran, puits appelé du nom de celui qui l’avait fait édifier, Robert Certain, curé de l’église voisine Saint-Hilaire; sur la rive gauche encore, le Puits qui parle et le Puits de l’Hermite, qui ont laissé leurs noms à des rues et qui, eux aussi, avaient leurs légendes.
Le Puits qui parle, dans le faubourg Saint-Marcel près de la rue des Postes, autrefois rue des Pots ou des Poteries, c’était tout simplement un puits sonore, pourvu d’un écho sur lequel peu à peu s’étaient établies des légendes dont le souvenir est assez confus, parmi lesquelles il suffit de rapporter, d’après Charles Nodier, celle d’un méchant mari qui, tourmenté par les caquets de sa femme, aurait jeté celle-ci dans le puits.