Évidemment cela de tout temps a bien pu suffire pour faire bavarder un puits, mais l’explication est trop ironique pour être la bonne et il faut se contenter de celle d’un écho plus ou moins phénoménal.

Quant au Puits de l’Hermite, il ne devait son nom à aucun ermitage, mais seulement à un nommé Adam l’Hermite, tanneur de son état, à la maison duquel il était adossé.

CARREFOUR BUCI, AVEC L’ESTRADE DES ENROLEMENTS EN 1792.

Si pour bien des rues la bizarrerie des noms provient de lentes déformations, il y a néanmoins dans la simple nomenclature des anciennes rues de Paris, à recueillir des vestiges plus ou moins embrouillés de vieilles légendes, à glaner des indications de toute sorte, des renseignements topographiques et des souvenirs historiques, et même quelques dernières traces de vieilles familles parisiennes qui tinrent grande place jadis, évocations d’antiques bourgeois étonnés de voir leurs noms traverser les siècles.

Beaucoup de corps de métiers avaient eu jadis une tendance à se grouper sur certains points; cet usage présentait évidemment des avantages pour les marchands et les vendeurs, et répondait à de vieilles habitudes; les acheteurs avaient ainsi sous la main des points de comparaison et pouvaient faire leur choix plus facilement dans ces rues qui tiraient leur nom des professions exercées.

C’est ainsi que nous trouvions et que nous trouvons encore en partie autour des Halles, la rue de la Tonnellerie, dont la ligne de piliers se continuait jusqu’à la rue Pirouette, la rue de la Cordonnerie, la rue de la Cossonnerie ou Poulaillerie, la rue de la Poterie, les rues de la Lingerie, de la Chaussetterie, la rue de la Ferronnerie faisant pendant à la rue aux Fers, jadis aux Febvres, de l’autre côté du grand cimetière des Innocents; la rue des Déchargeurs, ces ancêtres des forts de la halle, plus loin les rues de la Coutellerie, jadis Guignoreille, de la Vannerie, de la Tissanderie, de la Verrerie, de la Savonnerie, de la Tannerie, le quai de la Mégisserie, dit aussi de la Ferraille, la rue puis le quai des Orfèvres, etc. Mais de bonne heure, paraît-il, suivant les recherches faites par les fouilleurs du passé dans les registres des tailles, ces métiers réunis s’étaient disséminés et les noms seuls étaient restés à ces rues spéciales, sauf pour les marchands autour des Halles et du Châtelet.

MAISON DE NICOLAS FLAMEL RUE DES ÉCRIVAINS DÉMOLIE POUR LE SQUARE SAINT-JACQUES LA BOUCHERIE

La rue des Lombards nous reporte au XIIᵉ siècle et nous rappelle ces négociants et changeurs originaires presque tous d’Italie, venus établir leurs boutiques dans toutes les villes populeuses et commerçantes, pour faire le change ou se livrer à tous les commerces de l’argent. Quelques-uns de ces banquiers prêtaient sur gages et faisaient l’usure, ce qui n’amenait pas beaucoup de sympathies à la corporation. Lombard était alors souvent synonyme de Juif, et dans les séditions populaires les boutiques et les coffres de ces marchands d’argent couraient quelques risques.