Le collège de Maître Gervais y faisait le coin de la rue du Foin-Saint-Jacques; en face, à l’autre coin, une reine douairière de France y avait un hôtel. Quelle était cette reine? On ne le sait plus guère. Le logis s’appelait l’hôtel de la reine Blanche, nom sous lequel étaient aussi connues plusieurs autres maisons dans Paris. Comme les reines de France portaient au moyen âge leur deuil en blanc, la reine veuve devenait pour le populaire la reine Blanche. Ensuite, la reine douairière disparue à son tour, la légende faisait du logis qu’elle avait habité un séjour de la reine Blanche de Castille. C’est ainsi que la mère de saint Louis a été gratifiée de tant de sombres pâtés de vieux murs perdus dans les antiques quartiers.
L’hôtel de la rue Boutebrie, dans tous les cas, ne remontait pas plus loin que le XVIᵉ siècle. On y voyait une très élégante petite porte Renaissance ornée d’un écusson aux trois croissants de Diane entrelacés, marque énigmatique évoquant Catherine de Médicis ou Diane de Poitiers. Le boulevard Saint-Germain a emporté le logis et l’énigme avec bien d’autres choses.
La rue Sac-à-Lie de la paroisse Saint-Séverin, ruelle sordide hantée sans doute par les ivrognes, qui ne pouvaient pourtant s’y étendre sans toucher les façades d’un côté avec la tête et celles de l’autre côté avec les pieds, a transformé, honteuse de son vilain nom, Sac-à-Lie en Zacharie, nom très présentable qu’on a étendu à la rue des Trois-Chandelles.
La rue aux Oües, ou aux Ouches, c’est-à-dire aux Oies, appellation due à de nombreuses hôtelleries qui répandaient dans son atmosphère le parfum des oies à la broche, est devenue la rue aux Ours, ce qui est bien de l’ingratitude pour les excellentes volailles dépossédées au profit d’Ours qui n’ont jamais eu rien à faire ici. Rien que le nom de rue aux Oües faisait venir l’eau à la bouche d’un Parisien des vieux temps, songeant aux bons repas qui s’y préparaient. Hélas! ces rôtisseries et ces hôtelleries ont depuis longtemps éteint leurs fourneaux, et la rue elle-même est réduite à peu de chose.
LES PILIERS DES HALLES ET L’ÉGLISE SAINT-EUSTACHE
La rue de l’Autruche, par une non moins étrange transformation, s’est appelée la rue d’Autriche. Les bourgeois de celle-ci n’étaient pas des moindres, puisqu’elle passait entre le Louvre et l’hôtel de Bourbon; elle ne disparut qu’avec la transformation du Louvre sous Louis XIV.
La rue des Prouvaires qui arrive à Saint-Eustache, c’est la rue des Prêtres ou des Prieurs, prouvaires en vieux français. Au XVᵉ siècle, le roi de Portugal Alphonse V étant venu à Paris pour intéresser Louis XI à sa querelle avec l’Aragon, le roi ne daigna pas lui offrir gîte chez lui, il le logea chez Laurent Herbelot, riche marchand épicier de la rue des Prouvaires. De même qu’il traitait son hôte avec assez peu de façons quant au logement, Louis XI ne se ruina pas non plus en fêtes pour le divertir; il lui offrit la réjouissance d’une belle plaidoirie au Palais, suivie de réceptions de docteurs en théologie et, pour couronner le tout, le régala, pour la veille de son départ, d’une grande procession de l’Université, recteurs, suppôts, massiers, escholiers défilant sous les fenêtres d’Alphonse, rue des Prouvaires.
La rue Greneta était au XIIIᵉ siècle la rue Darnetal, du nom d’un bourgeois, Pierre Darnetal, ainsi transformé à la longue.
La rue Bourgthibourg était primitivement le Bourg Thiébault, comme Vaugirard était Valgérard, de Gérard de Moret, abbé de Saint-Germain-en-Laye, lequel y construisit un hospice au XIIIᵉ siècle. La rue Fer-à-Moulin, Fer-de-Moulain au XVIᵉ siècle, s’appelait auparavant Permoulin, du nom d’un de ses habitants.