Dans l’enclos du Chapitre il restait à la Révolution trente-trois maisons canoniales soumises à un régime particulier; chacune était propriété du chanoine qui l’occupait, sous réserve d’une redevance au Chapitre, mais ne pouvait être vendue qu’à un chanoine. Le cloître, c’est-à-dire l’ensemble de ces maisons et jardins n’était pas cependant tout à fait le séjour de tranquillité que l’on peut supposer, le paisible asile d’hommes d’étude et de prières, à l’ombre de la cathédrale. Il se glissa des abus nombreux et des intrus dans la petite ville canoniale; des chanoines sous-louèrent et, malgré les défenses, permirent même à des tavernes de s’établir dans des dépendances de l’enceinte.

D’ailleurs, il y eut ici jusqu’au XIIᵉ siècle une population qui ne pouvait manquer d’amener quelques désordres et turbulences avec elle: c’étaient messieurs les écoliers, en tout temps amis du bruit et en tout lieu difficiles à tenir en bride. L’Université de Paris, poussin éclos sous l’aile de l’Église, mais qui devait bientôt réclamer indépendance et coudées plus franches, eut ses premières écoles dans l’enclos de Notre-Dame.

EN HAUT DES TOURS DE NOTRE-DAME

C’est dans le préau du cloître, jonché de bottes de paille en guise de sièges, et dans les différentes cours voisines que se réunissaient maîtres et écoliers, pour les leçons, cours et controverses. Bientôt ces assemblées, passionnées pour les grandes querelles philosophiques des Scolastiques du temps, pour la fameuse controverse des réalistes et des nominaux, se sentirent à l’étroit de toutes façons dans les bâtiments du chapitre; les écoliers après les cours, passionnés pour d’autres choses moins édifiantes, lâchés dans les tavernes de la rue de Glatigny ou chez les ribaudes du Val d’amour, trop voisines des maisons canoniales, durent émigrer sur la rive gauche, qui devint leur ville particulière, la ville de l’Université avec ses nombreux collèges, ses franchises, ses coutumes.

Mais les écoles épiscopales du cloître Notre-Dame eurent pour écolier Abélard et le virent revenir professeur à l’éclatante célébrité, traînant avec lui à son camp de la rive gauche une armée d’étudiants suspendus à ses lèvres, enfin, rival victorieux de Guillaume de Champeaux son ancien maître dont il combattait les idées. Hélas! la philosophie et la science ne suffisaient pas à remplir toute l’âme d’Abélard, il aima une femme, d’esprit supérieur comme lui, savante et belle, Héloïse, nièce du chanoine Fulbert. Le théologien, enflammé bientôt par cette élève charmante, se fit poète et musicien, compositeur de chansons amoureuses qui dirent le secret de ses amours à tous les échos scandalisés du cloître Notre-Dame. L’oncle Fulbert se montra un terrible gardien de la vertu de sa nièce et vengeur féroce de la morale; et l’on connaît la malheureuse aventure qui termina ce doux roman d’amour en jetant Héloïse chez les nonnes d’Argenteuil, en faisant d’Abélard un moine désespéré, cherchant l’oubli de couvent en couvent, de Saint-Denis jusqu’au fond de la Bretagne.

LA FÊTE DES FOUS

Abélard, mort en 1142, n’a point connu la cathédrale actuelle. Du temps où il écrasait sous son éloquence Guillaume de Champeaux, archidiacre de la cathédrale, c’était toujours la vieille église romane, qu’Étienne de Garlande restaura vers 1140, restauration dont il fut utilisé des fragments à la porte Sainte-Anne.

Vingt ans après, vers 1163, commencèrent les travaux de la nouvelle cathédrale dont le pape Alexandre III vint poser la première pierre.