TOURELLE DE LA RUE DU COQ EN GRÈVE DÉMOLIE VERS 1850
Les rues Culture-Sainte-Catherine, Couture-Saint-Gervais, marquent la place des jardins maraîchers d’autrefois appartenant au couvent de Sainte-Catherine et à l’hôpital Saint-Gervais, comme la rue du Chaume, à côté, rappelle les champs de blé du XIIIᵉ siècle, avant la poussée des hôtels seigneuriaux; comme la rue du Parc Royal, au quartier du Marais, fait surgir le souvenir du parc de ce palais des Tournelles où mourut Henri II; comme les rues des Jardins-Saint-Paul, Beautreillis, de la Cerisaie, évoquent d’autres jardins royaux, ceux du vieil hôtel Saint-Paul où s’esbattirent sous les ombrages et les treilles, rois, reines et princes des temps troublés du XIVᵉ siècle, où ils reçurent les tumultueuses et terribles visites des Maillotins, des milices d’Étienne Marcel et des Cabochiens, ainsi que plus tard, en d’autres jardins royaux, passèrent les bandes guisardes de la Ligue, les Frondeurs mêlés de grands seigneurs et de duchesses jouant avec l’émeute, les masses terrifiantes des sectionnaires de 92, puis les gardes nationales du XIXᵉ siècle...
Si nous voulons des souvenirs plus lointains, les rues du Cendrier, de Lourcine, locus cinerum et la Tombe-Issoire sont encore là pour rappeler de très anciens cimetières des périodes gallo-romaine et mérovingienne. Toute la région sur les confins des quartiers Saint-Marcel et du Val-de-Grâce fut un lieu de sépultures. La Lutèce des premiers siècles éparpillait à la mode romaine ses tombeaux le long des chemins. Sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève de nombreux sarcophages ont été découverts, quelques pierres avec inscriptions sont allées à Cluny; le Paris mérovingien et carolingien continua à envoyer ses morts ou leurs cendres dans cet immense champ de repos.
TOURELLE DE LA RUE SAINT-PAUL (1895)
La rue d’Enfer tire-t-elle son nom de via infera, par rapport à la rue Saint-Jacques, via supera, comme le veulent certains des historiographes de Paris, ou doit-on chercher l’origine du nom dans le voisinage des vieux cimetières et dans les contes populaires qui faisaient de tout ce territoire un lieu hanté par esprits et fantômes. La Bièvre, la rivière des Gobelins, délimite cette région et Gobelin en vieux français signifie lutin ou démon. Le nom d’Enfer s’explique donc aisément. De plus elle conduisait au vieux château de Vauvert, manoir du fils d’Hugues Capet, Robert le Pieux, dès longtemps ruiné et abandonné, et dans les décombres duquel démons horribles et fallacieux gobelins faisaient rage aux ordres d’un vieux magicien, un vieillard vert à barbe blanche et queue de serpent. Malheur à qui s’aventurait le soir en ce quartier sinistre, le diable Vauvert en faisait sa proie—ou les voleurs cachés dans les ruines.—Aller au diable Vauvert était une entreprise téméraire. Les Chartreux, plus tard, purifièrent l’endroit et plus tard encore l’Observatoire, ayant succédé aux jardins de la Chartreuse, au lieu de magicien il y eut des astronomes. Il n’y a plus de rue d’Enfer, mais bien, par un calembour administratif, la rue Denfert-Rochereau, ce qui relie d’une façon bien imprévue à ce diable Vauvert le défenseur de Belfort en 1870.
Les diverses rues des Francs-Bourgeois au Marais,—Saint-Marcel—Saint-Michel réveillent les ombres de ces riches bourgeois des temps féodaux qui défendaient si rudement, lorsqu’il le fallait, les franchises acquises ou conquises et leurs pignons sur rue,—la pépinière des notables, échevins et magistrats pour l’administration de la cité parisienne, ce premier échelon vers la noblesse, caste supérieure mais ouverte en somme, ouverte plus qu’on ne le dit, puisqu’un flot constant y arrivait, de grosse bourgeoisie achetant charges qui comportaient l’anoblissement, se pourvoyant de fiefs et de terres et se confondant bien vite avec la noblesse d’épée, ainsi qu’on en peut trouver nombre de preuves.
TOURELLE DE LA RUE DU TEMPLE (1895)