Tout au bout de la rue des Francs-Bourgeois au Marais, en arrivant aux parages aristocratiques de la place Royale, on trouvait naguère encore la rue de l’Écharpe, qui tirait son nom du cabaret de l’Écharpe blanche. Voilà qui sentait furieusement son commencement du XVIIᵉ siècle et faisait penser tout de suite au vainqueur de la Ligue, au roi Henriot conquérant son royaume casque en tête et rapière au poing. Nous le voyons, ce cabaret de l’Écharpe Blanche, avec sa clientèle de cavaliers à grands feutres et longue flamberge, de soldats aux gardes et de mousquetaires, comme nous voyons, au débouché opposé de la place Royale dans la petite rue du Pas de la Mule, les graves magistrats, les parlementaires un peu moins lestes que messieurs les gendarmes du roi, se hisser sur leur mule en profitant du montoir de pierre qui a valu à la rue son nom pittoresque. On nous a rendu dernièrement le Pas de la Mule, pourquoi ne pas nous rendre la rue de l’Écharpe?
Il y a quelque trente ans, une petite rue au pied de la butte des Moulins, la rue des Frondeurs, était encore là pour nous faire souvenir des troubles de la Fronde, du temps où, dans ce quartier du Palais Cardinal, les Parisiens, mis en branle par le parlement et par M. le coadjuteur, s’essayaient joyeusement à recommencer une Ligue et faisaient de si belles peurs à M. de Mazarin.
Pour réveiller de plus sombres idées, nous avons la rue de l’Échelle, qui dans notre brillante avenue de l’Opéra, fait surgir l’échelle ou les fourches patibulaires, signe de la juridiction des évêques de Paris; nous avons de l’autre côté de l’eau, derrière le Panthéon, la rue de l’Estrapade qui, jadis, sur le revers du rempart bordant Sainte-Geneviève, au-dessous de la porte papale, était le lieu où s’exécutaient les sentences militaires, où les soldats condamnés subissaient le supplice de l’estrapade. L’instrument de la justice militaire, à demeure ici, était une sorte de potence très haute et à très longs bras, avec un tourniquet en bas par le moyen duquel le condamné, attaché les bras croisés derrière le dos, était hissé jusqu’en haut et brusquement précipité jusqu’au ras du sol.
D’autres voies, comme la rue de l’Écharpe, n’avaient eu pour parrains que les buveurs de quelque cabaret célèbre à un titre quelconque, l’enseigne du cabaret devenant le nom de la rue: ainsi en était-il pour les rues des Deux-Écus, du Cygne, des Ciseaux, des Deux-Anges, de l’Épée-de-Bois, des Deux-Maillets, du Chat-qui-Pesche, du Sabot, de la Cloche-Percée, et d’une foule d’autres que nous retrouvons toujours dans le Paris d’aujourd’hui, quoique les tavernes qui servirent à les dénommer soient depuis longtemps défuntes.
La rue Cloche-Perce, ainsi baptisée du cabaret de la Cloche percée, s’appela aussi au XVIIᵉ siècle rue de la grosse Margot, du nom d’un cabaret rival, finalement vaincu par la Cloche.
La section de la rue Saint-Sauveur entre les rues Montorgueil et Montmartre, tirait son nom de rue du Bout du Monde d’une enseigne de cabaret représentant un bouc sur un globe terrestre, le bouc du monde; ce mauvais calembour voulait dire que la campagne n’était pas loin après la porte Montmartre, ouverte un peu plus haut au bout de la rue des Jeûneurs ou des Jeux Neufs, ainsi nommée de deux jeux de boules donnant sur le bastion.
La rue des Canettes doit son nom à un joli bas-relief représentant des canes nageant dans un étang, sculpté sur la façade d’une maison du commencement du XVIIIᵉ siècle. Le bas-relief est plus ancien, et encore rappelle-t-il sans doute une
L’ARRESTATION DE BROUSSEL
Imp. Draeger & Lesieur, Paris