Reliée au cloître par la ruelle très étroite du Demi-Saint, en face la rue Jean-Tison, elle se continuait après la rue de l’Arbre-Sec par la rue de Béthisy. En cette rue de Béthisy se trouvait la maison où périt la principale victime de la Saint-Barthélemy, l’amiral Gaspard de Coligny, que M. de Guise prit soin de faire assassiner sous ses yeux par des massacreurs que dirigeaient l’italien Petrucci et le bohême Dianowitz, surnommé Boesme, tous deux colonels de gardes françaises.

Le logis a subsisté jusqu’à nos jours et n’a disparu qu’avec la grande démolition d’il y a quarante ans. Quelques jours avant la Saint-Barthélemy, comme l’amiral revenait du Louvre où il avait été si bien caressé par Charles IX, l’assassin aux gages du duc de Guise, Maurevel, embusqué dans une maison de la rue des Fossés-Saint-Germain, lui tira un coup d’arquebuse qui l’atteignit au coude gauche. L’assassin, sans perdre de temps après l’affaire manquée, sauta par une fenêtre de la rue du Demi-Saint, traversa le cloître Saint-Germain, trouva un cheval qui l’attendait et s’enfuit.

Le logis de l’amiral était l’ancien hôtel de Ponthieu, bâti par Jacques de Béthisy, avocat au parlement, vers 1416, et appartenant alors à la famille d’Antoine Dubourg, chancelier de France, d’après M. Édouard Fournier, qui a retrouvé le récit d’un prêtre allemand, témoin oculaire de la Saint-Barthélemy. Dans ce récit d’une

LA MORT DE COLIGNY A LA SAINT-BARTHÉLEMY

intense couleur dramatique sont rapportés tous les épisodes connus, la mise à sac de la maison par les hommes du duc de Guise, le massacre d’une quarantaine de soldats et de serviteurs dans l’escalier et dans les chambres pour arriver jusqu’à la chambre et au lit où Coligny blessé attendait les assassins.

Ici le récit diffère de la tradition, Coligny ne se laissa pas égorger dans son lit, mais se défendit vigoureusement au dernier moment. Percé de quelques coups dès l’entrée des meurtriers, Coligny retrouva tout à coup ses forces pour lutter contre les assassins; ceux-ci durent l’accabler de coups de hallebarde et lui tirer même un coup d’arquebuse dans la bouche avant d’en venir à bout, l’achevant ainsi en le traînant jusqu’à une fenêtre.

—L’Amiral est-il mort? Jetez-le en bas! criait M. de Guise s’impatientant dans la cour avec le duc d’Aumale, pendant que s’achevait la besogne.

Alors une fenêtre s’ouvrit, un corps vint s’aplatir sur le pavé aux pieds de Guise qui fut obligé, pour reconnaître Coligny, d’essuyer avec son manteau le sang couvrant la figure.

Cet hôtel devint plus tard l’hôtel du duc de Montbazon et l’on a longtemps dit qu’en ce lieu, déjà tragique, s’était passée l’aventure de Rancé, amant de Mᵐᵉ de Montbazon, arrivant joyeux de voyage sans savoir que sa maîtresse était morte et trouvant dans la maison les chirurgiens en train d’embaumer la duchesse, le corps ouvert sur une table et la tête de la femme aimée sur le parquet.