TOURELLE DE LA RUE JEAN-TISON DÉMOLIE EN 1850
Cette horrible explication de la fondation de la Trappe par Rancé serait, paraît-il, un conte inventé pour dramatiser le renoncement de Rancé, quittant le monde et ses plaisirs pour la tombe effrayante du Trappiste.
Le massacre de Coligny et des gens de sa maison suffisait à la légende de l’hôtel, qui devint, après avoir été aux Montbazon, une simple hôtellerie, l’hôtel de Lisieux, maison de roulage et de messageries. Et voici dans ce sanglant logis de plus gracieux souvenirs. Le peintre Carle Vanloo l’habita. Dans la chambre même où périt l’amiral naquit Sophie Arnould, qui devait se faire un si joli et si galant renom de comédienne, après s’être fait enlever dès ses quinze ans de chez ses parents les hôteliers.
Il se trouvait encore au bout de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, vers le Châtelet, place Perrin-Gasselin, l’hôtel du chevalier du Guet, forte et massive construction d’aspect suffisamment rébarbatif, élevée au XIVᵉ siècle au centre d’un quartier remuant, rempli de malandrins et de mauvais garçons. C’était le commandant du guet royal, milice casernée dépendant du prévôt de Paris, armée de vouges et d’arbalètes, et fort différente du guet bourgeois dit Guet assis, Guet dormant, peu redouté des voleurs. L’hôtel du chevalier du guet survécut à l’institution, adapté à différents usages; il servit même quelque temps de mairie au IVᵉ arrondissement, jusqu’à la construction de l’édifice-pastiche en pendant à Saint-Germain l’Auxerrois.
Comme les enseignes, qui furent trouvées gênantes seulement lorsque triompha la ligne droite, les jolies tourelles que l’on rencontrait si souvent dans le vieux Paris, presque dans chaque rue, accrochées au milieu des façades ou suspendues à l’angle des maisons sur les carrefours, ont presque toutes disparu. Extérieurement elles donnaient du pittoresque et de la grâce à la rue; à l’intérieur des maisons c’était de la lumière et de la gaieté, qu’elles fussent annexe d’une grande pièce ou simple cabinet de toilette. De ces cages étroites et minces, la maîtresse du logis suivait le mouvement de la rue tout en travaillant, bonne ménagère, à l’entretien des hardes de la maisonnée. Pauvres tourelles! combien en reste-t-il aujourd’hui? on peut facilement les compter.
Les grands travaux de Paris, depuis une quarantaine d’années, en ont fait tomber plusieurs particulièrement à regretter pour leur beauté ou pour les vieilles histoires qu’elles pouvaient raconter au passant. Dans la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, il y avait la tourelle du presbytère fort élégante, accrochée au coin d’une ancienne maison canoniale nichée dans les contreforts de l’église, après le portail latéral. Il n’y a guère plus de trente ans qu’on l’a démolie; en ses derniers jours elle avait pu entendre siffler les balles des combattants de juillet, à l’attaque de la colonnade du Louvre défendue par les Suisses de Charles X, et voir entasser les victimes de la guerre civile dans l’église transformée en ambulance. Peu après, en 1831, ce fut autre chose, à l’occasion d’un service célébré pour le duc de Berry, une bande d’énergumènes saccagea l’église et le presbytère et leur fit subir les plus tristes dégâts.
De l’autre côté de l’église, au coin des rues Bailleul et Jean-Tison, il se trouvait une autre tourelle suspendue à l’angle d’une maison du XVᵉ siècle qui faisait face au vieil hôtel Schomberg, plus tard d’Aligre.
La rue du Coq-en-Grève, démolie pour l’agrandissement de l’hôtel de ville vers 1840, et dont il ne reste qu’une impasse, en possédait une fort gracieusement décorée à l’angle d’une maison du XVᵉ siècle.