Cette tourelle de l’hôtel Herouët est aussi précieuse que celles du même temps qui flanquent l’hôtel de Sens. Plus bas dans la rue du Temple, la maison qui fait l’angle de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie porte sur cet angle une haute tourelle carrée dépourvue d’ornements. Elle est loin de valoir celles que le XVᵉ siècle nous a laissées, mais elle n’en donne pas moins une belle allure à la maison qui la supporte. Cette tourelle est datée de 1610, le cabaret à qui elle sert d’enseigne fait remonter sa naissance à 1690.
Un peu plus bas dans la rue du Temple, à propos d’enseigne, se trouve appliquée sur la façade d’une maison, l’enseigne de l’Orme Saint-Gervais provenant d’une maison de la place Saint-Gervais.
Ce fameux orme qui sans doute est pour quelque chose dans le dicton ironique: attendez-moi sous l’orme, était planté devant le portail de l’église Saint-Gervais; on l’avait entouré d’un banc toujours occupé par des flâneurs ou par les bonnes gens du quartier venant y goûter, après journée faite, le repos assaisonné de petites ou grandes nouvelles.
L’orme traditionnel de Saint-Gervais, pas toujours le même, car il vieillissait et mourait comme tout dans la nature, mais pour renaître bien vite, ombrageait cette étroite place de l’église depuis six ou huit siècles; en 1131 il était là déjà, Philippe, fils de Louis le Gros, passant à cheval sur la place, se cassa la tête près de lui, son cheval ayant pris peur d’un porc qui se jeta dans ses jambes.
Le XIXᵉ siècle ne respecte guère les antiques traditions, on le sait; il trouva encore à sa place le fameux orme parisien, mais, sans pitié pour ce monument végétal, Napoléon le fit raser.
Revenons aux tourelles, il en est une encore, carrée comme la tourelle de la rue du Temple, qui s’encorbelle à la maison du coin des rues Saint-Paul et des Lions-Saint-Paul, une haute et forte tourelle accrochée à un énorme pignon remarquable par sa masse, mais qui a dû perdre dans des ravalements successifs les ornements que ses constructeurs avaient pu lui donner. D’après M. Lefeuvre, là demeurait le médecin de Charles IX et de Henri III, peu après le percement de la rue des Lions sur les terrains de l’hôtel Saint-Paul.
La partie de l’hôtel dite hôtel de la Reine était derrière, entre cette tourelle et l’église Saint-Paul. Quant à la rue des Lions, on la nomma ainsi parce qu’elle traverse, dans les dépendances de l’hôtel Saint-Paul, l’emplacement de la ménagerie des rois, qui gardaient près de leur palais des cages pour lions, ours, sangliers et aultres bêtes étrangères et sauvaiges. La ménagerie royale en s’établissant plus tard au jardin du roi ou des Plantes ne fit que traverser la rivière.
Henri III eut sa ménagerie au Louvre: la chronique du temps rapporte qu’à la suite d’un rêve où il se voyait dévoré par ses lions et ses ours, il fit arquebuser tous ses pensionnaires, ce qui ne conjura pas le danger, car on lui expliqua aussitôt que les bêtes du songe étaient allégoriques et représentaient les dragons furieux de la révolte prêts à le déchirer, les factions de la très Sainte Ligue.
Nous trouvons maintenant encore une tourelle dans le quartier du Marais, celle de l’hôtel Lamoignon, tourelle carrée portée sur une trompe. Ensuite, plus de tourelles aux hôtels du XVIIᵉ siècle, plus d’encorbellements. Sous le règne de