CHARLOTTE CORDAY CONDUITE A LA SECTION DE L’ABBAYE

Imp. Draeger & Lesieur, Paris

la ligne droite, on ne songea guère à gracieusement accidenter la silhouette des constructions.

Le XVIIIᵉ siècle cependant, cherchant à donner un peu d’agréments aux lignes, a laissé en fait d’encorbellements la curieuse maison qui fait l’angle des rues de la Vrillière et Croix-des-Petits-Champs. Assez semblable à deux tours accolées dont on aurait fortement rogné la base, la maison avec ses corniches saillantes, ses espèces de frontons ondulés, conserve quelque prestance malgré les enseignes commerciales cachant en partie sa ceinture de balcons.

Outre les puits de carrefours assez nombreux, des fontaines aussi ornaient quelques places. La plus ancienne était celle des Innocents qui existait avant le XIIIᵉ siècle. La fontaine primitive avait-elle un caractère architectural, c’est fort probable. On dut la reconstruire au XVIᵉ siècle; appuyée à l’église des Innocents, elle donnait sur la rue Saint-Denis et sur la rue aux Fers. C’était, de par les talents réunis de Pierre Lescot et de Jean Goujon, un monument charmant orné des nymphes gracieuses que l’on connaît.

En 1786, à la suppression de l’église et du cimetière, on créa sur l’emplacement le marché des Innocents; alors, en remontant la fontaine, il fallut lui donner les deux faces qui lui manquaient, avec trois nymphes de plus, que le sculpteur Pajou traita dans la manière de Jean Goujon.

PORTE DE L’HÔTEL DE MIRAULMONT, RUE HAUTEFEUILLE (1895)

Il était fort pittoresque ce marché des Innocents et la fontaine en faisait superbement le centre; en 1865, on le supprima à son tour pour le remplacer par un square. Hélas! elle fait moins bien maintenant, la pauvre fontaine, sur les pelouses banales de ce jardin correct et bourgeois. Oh! les squares ridiculement bien peignés, que de monuments ils ont gâtés!