On connaît les noms et les emplacements de quelques-unes des fontaines d’avant la Renaissance, Sainte-Avoye, Barre-du-Bec, de la place Baudoyer, des Filles-Dieu, etc., celle du prieuré Saint-Martin existe toujours ainsi que la fontaine Maubuée.

Celle-ci, reconstruite en 1734, fut ornée de sculptures bien abîmées aujourd’hui, au-dessus desquelles cependant un bel écusson de la ville de Paris subsiste malgré tout et laisse voir la nef parisienne sous forme de frégate marchant toutes voiles dehors.

Rien n’est resté, pas même un dessin, de la fontaine monumentale de la Trinité, près la porte Saint-Denis, cette fontaine qui jouait toujours son rôle dans les divertissements des entrées royales.

La fontaine primitive de la Croix-du-Trahoir a disparu aussi, mais elle a été remplacée par celle que nous connaissons. François Iᵉʳ reconstruisant en 1529 la croix ruinée du Trahoir, lui donna pour soubassement une petite fontaine octogonale qui formait le centre d’un petit marché, dans un carrefour pourtant fort étroit. La grande gêne qui en résultait pour la circulation fit déplacer cette fontaine en 1636; on l’appliqua contre un pavillon construit par le prévôt des marchands François Miron, pour recevoir les eaux de l’aqueduc d’Arcueil.

Au XVIIIᵉ siècle cette vieille fontaine tombant en ruines fut remplacée par celle que nous voyons aujourd’hui, construite sur les dessins de Soufflot.

Le carrefour de l’Arbre-Sec, avec sa fontaine et la croix du Trahoir, était un de ces vieux décors de l’histoire parisienne, fameux à bien des titres. Proche des Halles et du Louvre, au confluent de la rue Saint-Honoré, avec le fleuve humain coulant sur le Pont-Neuf, c’était un endroit vivant, bourdonnant et remuant et qui ne manquait pas de jouer son rôle aux jours d’émeute.

Si le bourreau y venait quelquefois accrocher ses clients à la potence qui faisait pendant à la vieille croix du Trahoir, le roi y passait aussi. Un jour, Henri III s’y rencontra avec Monsieur de Paris au moment où celui-ci allait pendre un pauvre diable. Le criminel à la vue du roi se débattit en criant grâce et le roi s’arrêta pour s’informer des méfaits du patient. Renseignements pris, le crime était vraiment trop notable pour que Sa Majesté pût faire acte de clémence; le roi, en haussant les épaules, continua son chemin en disant: Qu’on ne le pende point qu’il n’ait dit son In manus!... Le pendu récalcitrant jura qu’il se garderait bien de le dire, et voilà juges, greffiers et bourreaux bien embarrassés. On courut après le cortège royal pour exposer le cas et cette fois Henri III ne put faire autrement que d’octroyer sa grâce à ce criminel si avisé.

Le 21 juillet 1578, le mignon Saint-Mesgrin sortant du Louvre à onze heures du soir, fut chargé par une troupe nombreuse tout près du Trahoir et percé de trente-quatre coups mortels. Et, dit l’Estoile, «de ce meurtre n’en fut fait autre instance ou poursuite, tout favori du roi qu’il était, Sa Majesté étant bien avertie que le duc de Guise l’avait fait faire par le bruit qu’avait ce mignon d’entretenir sa femme». C’était d’ailleurs le frère de Guise, le duc de Mayenne, qui conduisait les assassins, le fait était connu.

Bien d’autres assassinats entre gens de qualité, en ce terrible XVIᵉ siècle et aussi après, ensanglantèrent ce carrefour ou ses environs. N’est-ce pas entre l’Arbre-Sec et la barrière des Sergents qu’en 1618 le chevalier de Guise, fils du duc de Guise, ayant formé le projet de tuer le maréchal d’Ancre pour prendre sa place dans les bonnes grâces de la veuve d’Henri IV, Marie de Médicis, et voyant ses plans déjoués par un avertissement donné à Concini, se vengea sur l’indiscret, qui était un vieux gentilhomme nommé le baron de Luz. Il le rencontra en carrosse rue de l’Arbre-Sec, le força à descendre de voiture et le tua d’un coup d’épée avant que le baron eût pu se mettre en garde. Le fils du baron ayant voulu venger son père, provoqua peu après le chevalier de Guise, qui, dit-on, se servit encore du procédé qui lui avait réussi et assassina le fils de la même façon que le père.

A la journée des barricades de la Fronde, dont le coadjuteur fait en ses Mémoires un si pittoresque tableau, le carrefour de l’Arbre-Sec eut sa bonne part d’émotions. Quelle journée mouvementée pour le coadjuteur frétillant d’ambition, et pour le quartier du Pont-Neuf!