MAISON DE LA RENAISSANCE, RUE SAINT-PAUL DÉMOLIE VERS 1840

Tout cela est plein maintenant et déborde. Vieux souvenirs parisiens, précieux vestiges d’autrefois, estampes et tableaux, reliques de nos ancêtres, curiosités de toutes sortes et de toutes les époques mais plus particulièrement de la Révolution, objets divers parlant si éloquemment des temps tragiques, toutes les pièces du musée sont dignes de l’écrin et le moment va venir où il faudra l’agrandir.

Derrière le grand corps de logis est l’ancien jardin de l’hôtel. Les galeries qui l’entourent abritent des fragments de sculptures et relient de beaux débris d’édifices parisiens atteints par les démolitions, rapportés et reconstitués ici autour de cette charmante cour fleurie, au parterre de broderies dessiné dans le style des jardins d’autrefois.

L’un de ces débris d’édifice est la façade de l’ancien bureau des drapiers autrefois rue des Déchargeurs, construit sous Louis XIII, arrivé jusqu’à nous très abîmé, mais restitué aussi fidèlement que possible, avec son grand écusson représentant le vaisseau de Paris en gros navire de commerce toutes voiles dehors, sous un fronton supporté par de puissantes cariatides.

En face, le joli pavillon Renaissance ouvert par une large arcade sur la rue des Francs-Bourgeois, c’est le vieil arc de Nazareth, très élégant débris de l’ancien palais de justice rapporté de la vieille impasse de Nazareth, autrefois de Galilée, qui s’appelait ainsi, de même que la rue de Jérusalem, en souvenir des pèlerins de Terre Sainte ici logés dans des bâtiments spéciaux du palais de saint Louis.

L’arc avait été élevé sous Henri II pour relier des bâtiments de l’ancienne et admirable chambre des comptes de Louis XII. Une magnifique grille, du temps d’Henri II aussi, complète cette superbe porte du musée parisien où tant de curieuses choses sont à signaler.

Aux beaux jours du quartier du Marais, si la place Royale eut ses raffinés d’honneur, bravant les édits et la rigueur du terrible cardinal, elle eut aussi ses Précieux et ses Précieuses, belles dames, gens de qualité ou gens de lettres, se rencontrant sur la place aux promenades de l’après-midi, se retrouvant ensuite dans les salons ou dans les ruelles des hôtels du quartier. Tout le grand siècle se promena sous ces arcades et leur resta fidèle tant que le roi Louis XIV n’eut pas inventé Versailles,—tout le noble et élégant XVIIᵉ siècle, depuis les vieux amis d’Henri IV, les grands seigneurs du commencement, qui se souvenaient encore des rudes temps de la Ligue, et leurs fils les brillants cavaliers, de qui le grand cardinal régnant avait tant de peine à retenir les épées trop fringantes. Les duchesses et les princes de la Fronde y viennent lancer mille pointes contre le Mazarin, successeur de Richelieu et de Louis XIII; les poètes qui vont faire de leur époque un grand siècle littéraire, y rencontrent beaux esprits et précieuses qui vont raffiner et subtiliser sur tous les sentiments et s’efforcer d’écheniller la langue de toutes les vulgarités, ou du moins de tout ce que dans les ruelles on trouvait plat et commun.

C’est un besoin de régularité et d’ordonnance qui semble général et s’impose à tout; on élague le langage comme on élague aussi et comme on régularise dans la vie nationale et dans le cadre où la vie s’agite, dans l’architecture touffue des âges précédents; car tout se tient dans ce monde, les manières de penser comme les manières de se vêtir; les idées influent sur le costume, l’architecture, le mobilier, le gouvernement, la littérature, les perruques et tout le reste, il est aisé de s’en apercevoir.