La fin du Pré aux Clercs.—Développement du faubourg Saint-Germain.—Les Invalides.—Le Luxembourg.—Les ruines de la Ligue.—L’enceinte de Louis XIII.—Places, portes et statues triomphales du roi Soleil.—M. de la Feuillade et la place des Victoires.—L’hôtel de la Vrillière.—L’hôtel de Vendôme et la place des Conquêtes-Vendôme-Des Piques.—Duel Beaufort et Nemours au marché aux chevaux.—Paris la nuit.—Premières lanternes.—Les porteurs de falots.—Les voleurs et la police.—M. de la Reynie et M. d’Argenson.—Le système de Law.—La grande folie de la rue Quincampoix.—Le crime de l’Épée de bois.—Un cardinal de la Régence.—Emplacements révolutionnaires: le champ de la fédération, la place Louis XV.—La catastrophe du feu d’artifice.—La guillotine.

TRIOMPHANT et glorieux au temps du roi Henri IV, le quartier du Marais et de la Place Royale décline en même temps que le siècle qui a vu sa naissance et sa poussée rapide. Les beaux jours, hélas, passent vite et la vogue capricieuse s’échappe et se porte ailleurs. En un siècle Paris s’était considérablement agrandi du côté de l’ouest, il avait fait une très large enjambée dans la direction du couchant, du côté où son expansion avait été si longtemps contrariée par le rempart et par l’abbaye de Saint-Germain sur la rive gauche, de même que longtemps le Louvre et les Tuileries arrêtèrent et arrêteront l’expansion sur la rive droite.

Louis XIV et les grands seigneurs avaient colonisé Versailles; princes et courtisans, pour suivre le roi Soleil, se contentaient à Versailles d’un simple pied à terre ou d’un mesquin logement au château, mais ils se construisaient de grands hôtels dans les quartiers neufs du faubourg Saint-Germain.

Henri IV avait encore trouvé l’abbaye de Saint-Germain isolée hors de la ville, avec un commencement de faubourgs sous ses remparts. Au delà était la campagne. Il n’y a qu’à regarder les estampes de Callot, Israël Sylvestre et Pérelle pour voir, avec son aspect de bout de ville donnant sur une banlieue, le quartier de la Porte de Nesle toujours dominé par la vieille tour de Philippe Hamelin, ce quartier désordonné de vieilles bicoques et d’antiques constructions au milieu desquelles s’élevaient les grands bâtiments de briques et pierres de l’hôtel de Guénégaud non terminé et destiné à être remplacé par l’hôtel Conti, la future Monnaie.

La reine Marguerite s’était bâti un grand hôtel qualifié de palais, pourvu d’un long jardin pris sur les terrains du Pré aux Clercs, sans contestations avec ces écoliers qui cinquante ans auparavant s’opposaient par la force à tout empiètement sur leur domaine, et l’Université elle-même avait aliéné le reste de ces terrains sur lesquels assez vite s’élevèrent de belles constructions. Un quartier aristocratique naissait qui se préparait à enlever la vogue à la région de l’Est si longtemps en possession du prestige avec ses souvenirs des vieux palais de Saint-Paul et des Tournelles.

La place ne manquait point pour s’étendre par là, puisque l’on n’avait qu’à mordre en pleine campagne, et le site était assez séduisant, juste en face du vieux Louvre et des jeunes Tuileries, des verdures du Cours la Reine, avec un horizon de belles collines encaissant le tournant de la Seine, gracieusement allongée au pied des villages de Chaillot, Passy, Auteuil, si lointains alors et cachés dans les arbres de leurs vergers.

Jusqu’en 1660, l’ombre de la tour de Nesle continua de se projeter sur le talus herbeux et mouvementé du port au nom ironique: Malaquest—mauvaise acquisition—où débouche la rue de Seine et que bordent les constructions de la reine Marguerite, avec la chapelle des Louanges des Petits-Augustins, puis les jardins qui touchent de l’autre côté l’ancien clos de l’Abbaye transformé, montrant des amorces de rues, mais où s’élève encore sur sa butte le vieux moulin à vent des moines, à côté de la chapelle de la Maladrerie.

La tour de Nesle et la porte disparaissent, le rempart est éventré, les fossés comblés, le collège des Quatre-Nations s’élève assez lentement. Transformation complète, un vieux paysage parisien s’efface, un nouveau décor le remplace plus régulier et plus froid.

Pendant que le monument s’élevait, les rues du faubourg Saint-Germain s’allongeaient et se bâtissaient, la rue de la Sorbonne, maintenant rue de l’Université, s’avançait à travers le grand Pré aux Clercs en suivant à peu près le tracé d’un petit chemin qui s’appelait le chemin des Treilles et conduisait à l’île aux Treilles ou des Cygnes. De même se bâtissait aussi la rue de Grenelle, et l’ancien chemin des vaches, devenu la longue rue parallèle intermédiaire de Saint-Dominique depuis l’installation, sur un morceau des anciennes possessions de Saint-Germain, d’un couvent de Jacobins de Saint-Dominique.