Toute blanche, toute fraîche dans la fleur de sa jeunesse, la place Louis XV voit disparaître la statue de Louis le Bien-Aimé et s’élever sur le même piédestal une colossale figure de la Liberté. La place n’en reste pas moins coquette et jolie. A l’ombre de cette figure de la Liberté, on construit autre chose, l’autel sur lequel on va lui offrir de terribles holocaustes, l’autel sur lequel Samson dira tous les jours pendant des mois la messe rouge.
La place Louis XV est la place de la Révolution ou plutôt la place de
UNE FÊTE A LA FOLIE-MONCEAUX.—1787
Imp. Draeger & Lesieur, Paris
la Guillotine. Le carrosse royal encore une fois va passer. Le 21 janvier 93, sur l’immense place couverte de troupes, la guillotine fait le centre d’un carré de fusils et de canons derrière lesquels se pressent, houleuses et sombres, les masses populaires. A dix heures du matin, au roulement des tambours de Santerre qui étouffent la dernière protestation royale, tombe la tête de Louis XVI.
INCENDIE DU PALAIS DE LA LÉGION D’HONNEUR (HÔTEL DE SALM), MAI 1871
Le roi était venu à la guillotine dans son carrosse, la reine, plusieurs mois après, y viendra en charrette, après avoir suivi, les mains liées derrière le dos, toute la rue Saint-Honoré, longue route d’un calvaire qui lui permettait d’entrevoir au détour de chaque rue transversale, le palais où elle avait régné et les beaux ombrages du jardin où le soleil avait éclairé les heureuses journées de naguère.