Rien n’a survécu de Saint-Victor; un nom de rue, la rue des Fossés-Saint-Victor, voilà seulement ce qui nous dit l’endroit où fut le grand monastère; la halle aux vins s’est assise sur l’emplacement bouleversé et le paysage de Paris, de ce côté, a perdu à jamais sa riche décoration d’autrefois.
Moins heureuse encore que les abbayes de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève, lesquelles au moins ont laissé quelques vestiges sur le lieu où elles ont brillé, l’abbaye de Saint-Victor a disparu tout entière. Ici même où vécurent tant de savants religieux plongés dans l’étude, parmi les livres d’une bibliothèque illustre, tant de chanoines lettrés qui, pour l’amour de la science, célébraient l’anniversaire des premiers imprimeurs, Conrad Schœffer et Faust, importateurs à Paris de l’invention de Gutenberg, silencieux et poétique monastère où les vieux évêques et archevêques venaient chercher le calme pour leurs derniers jours, ici roulent maintenant les futailles de la halle aux vins. L’église disparut à la Révolution et les bâtiments du couvent furent démolis sans qu’il en soit rien resté.
TOUR ALEXANDRE DE L’ABBAYE DE SAINT-VICTOR
EN ARRIÈRE, LA BUTTE COPEAU, FUTUR LABYRINTHE DU JARDIN DES PLANTES