La légende de saint Julien l’Hospitalier.—Au cimetière Saint-Séverin.—Opéré ou pendu.—Inscriptions macabres.—Les reclusoirs et les recluses.—Saint-Yves des Avocats.—Saint-Benoist le Bientourné.—Les belliqueux Augustins.—Sièges de couvents.—Les Bernardins.—Le cloître des Carmes.—Les frères aux Anes.—Le couvent des Cordeliers.—Désordres et bagarres.—Émeute en plain-chant.—Le corps de Marat.—Le bataillon des Marseillais.—Aux Jacobins.—Les prédicateurs de la Ligue.—La Chartreuse du Luxembourg.—Au grand Diable Vauvert.

LE BATAILLON DES MARSEILLAIS
VIENT LOGER AUX CORDELIERS

PENDANT des siècles les trois abbayes de la rive gauche furent les trois principaux établissements religieux du pays des Écoles, et comme les suzeraines d’une grande quantité de couvents secondaires, d’églises et de collèges innombrables.

Autour d’elles, sous leur ombre, quelle végétation d’architectures gothiques, de gables aigus, de pinacles fleuronnés, attirant à ce qu’il semble le regard et l’âme vers les régions supérieures; quelle profusion de fenestrages délicatement découpés, encadrant des verrières protégées par des grillages, quelle quantité de clochers et de clochetons causant entre eux à travers l’espace avec leurs voix de bronze et laissant tomber par les hautes ogives l’allégresse ou le deuil des cloches, les appels des offices sur les paroisses petites ou grandes enchevêtrées les unes dans les autres.

Le triomphe de l’architecture ogivale aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles a amené la reconstruction de la plupart des églises existant auparavant, lesquelles d’ailleurs avaient souffert des invasions normandes, avaient été restaurées ensuite, et succombaient moins sous le poids des siècles que sous celui de leurs voûtes. Le contrefort roman ne suffisait pas à maintenir les murs latéraux poussés par les voûtes, l’arc-boutant gothique, inventé au XIIᵉ siècle, allait permettre d’élever les vastes et merveilleuses nefs aux immenses verrières, miracles de hardiesse et de légèreté.

LE DANTE A SAINT-JULIEN LE PAUVRE

Dédiée soit à saint Julien le Martyr, soit à saint Julien, évêque du Mans, dit le Pauvre parce qu’il distribuait son bien aux malheureux, soit à saint Julien l’Hospitalier,—on ne sait trop auquel,—l’Église Saint-Julien le Pauvre, chapelle de l’Hôtel-Dieu son voisin, est une œuvre en partie romane, en partie du style ogival à ses débuts, simple et sévère reconstruction d’une église des plus anciennes, dévastée par les Normands et devenue un prieuré. Cette église où, dit-on, le Dante, pauvre écolier exilé, étudiant aux écoles de la rue du Fouarre, avait coutume de faire ses dévotions, nous l’avons vue de nos jours, tombée dans une misère profonde, montrant ses murailles délabrées, ses verrières crevées, mais gardant un grand air de noblesse triste avec sa belle abside, ses gros piliers et ses belles fenêtres supérieures.

Elle est au fond d’une cour nauséabonde, haillonneuse, misérable, complètement entourée de bâtiments lépreux, de vieilles maisons misérables aussi—non de naissance, mais par vieillesse et dégradation,—dans le quartier de la rue Galande. Ainsi abandonnée en cet état lamentable, elle semblait vouée à la démolition, mais le salut lui est venu d’Orient, le culte catholique grec vient de s’y installer, la sauvant d’une ruine imminente.