BAS-RELIEF DE SAINT-JULIEN, RUE GALANDE
Un vieux débris de son portail, depuis longtemps ruiné et disparu, figure au-dessus d’une boutique de la rue Galande, au numéro 42, un bas-relief usé et rongé où l’on peut encore reconnaître vaguement l’un des épisodes de la légende de saint Julien l’Hospitalier. Saint Julien par méprise avait tué son père et sa mère, qu’en revenant de la chasse il avait trouvés couchés dans son lit. En expiation de son crime, il avait tout quitté et s’en était allé, suivi de sa femme qui voulait partager sa pénitence, bâtir près d’un fleuve au passage difficile où «moult de gens périssaient» un hospice pour les pauvres voyageurs que lui et sa femme passaient en barque. Par une nuit d’âpre gelée Jésus-Christ en personne, sous la figure d’un pauvre lépreux, vint demander le passage; c’est l’épisode du bas-relief, le Christ dans la barque de Julien. Or, dans sa charité courageuse, l’Hospitalier ne se contenta point de passer le pauvre lépreux; pour le réchauffer, il le mit dans son propre lit et se coucha sur lui. Jésus-Christ se fit connaître alors, «et peu après Julien et sa femme pleins de bonnes œuvres et d’aulmones reposèrent en Notre-Seigneur». Beau sujet d’édification pour les habitants actuels de la rue Galande, où les plus ignobles bouges sont installés dans des logis habités jadis par de dignes bourgeois et de respectables magistrats.
Bien près du pauvre et austère monument du XIIᵉ siècle, toutes les grâces du style ogival des époques suivantes se montrent à Saint-Séverin, très pittoresque, avec son beau clocher à flèche d’ardoises, et ses chapelles que les maisons enferment vers l’abside. L’entrée sous le grand pignon est moderne, c’est le joli portail d’une église de la Cité, Saint-Pierre-aux-Bœufs, démolie de nos jours, qu’on y a appliqué; jadis on entrait à Saint-Séverin, au pied de la tour, par la petite porte dans le tympan de laquelle est sculpté saint Martin coupant son manteau.
Les Parisiens du temps jadis, avant d’entreprendre quelque long voyage, venaient, pour solliciter la protection du saint, clouer un fer à cheval sur les vantaux de la porte, ou apportaient au retour un fer de leur monture en signe de remerciement. C’était une coutume assez commune, en bien des endroits on retrouve ces fers cloués dans les portes d’églises dédiées à saint Martin. «Ce saint, dit l’abbé Le Bœuf, étant réclamé par les gens voyageant à cheval.» A droite de l’église est le cimetière, aujourd’hui transformé en jardin pour le presbytère, mais qui conserve une partie des arcades de ses charniers donnant maintenant l’hospitalité à une école libre tenue par les sœurs. De ce côté Saint-Séverin est fort joli avec sa série de chapelles dont les petits pignons sont décorés de fausses arcatures en gothique flamboyant et de fioritures sculptées, toutes différentes.
LES SACS DE PROCÉDURE PORTÉS A SAINT-YVES PAR LES PLAIDEURS APRÈS UN PROCÈS GAGNÉ
C’est dans ce cimetière Saint-Séverin que se pratiqua pour la première fois, en 1474, l’opération de la taille sur un franc-archer de Meudon malade de la pierre. Ayant été condamné à mort pour des crimes divers et notamment pour vol dans l’église de Meudon, ce sacripant eut à choisir entre la corde du bourreau et le scalpel des chirurgiens. Il choisit le scalpel et s’en trouva bien, l’opération réussit parfaitement.
L’archer, guéri à la fois de sa maladie et de la potence, reçut de plus une pension qui lui permit d’aller vivre à la campagne pour y planter ses choux en toute honnêteté.
Les vieilles descriptions de Paris citent les inscriptions curieuses des charniers de Saint-Séverin; en voici deux, celle-ci placée sur la porte du cimetière sur la rue de la Parcheminerie: