Passant, penses-tu pas passer par ce passage;
Où pensant, j’ai passé.
Si tu n’y penses pas, passant, tu n’es pas sage,
Car en n’y pensant pas, tu te verras passé.
Et cette autre d’un accent plus terrible sur les murs du charnier:
Tous ces morts ont vécu; toi qui vis tu mourras!
Saint-Séverin, comme beaucoup d’autres églises, comme Saint-Médard, Saint-Merry, les Innocents, etc., avait quelque part, probablement du côté du cimetière, un reclusoir, une cellule fermée et murée, n’ouvrant plus sur le monde que par une étroite fenêtre, cabanon où vivait, des aumônes des passants, une pauvre femme enfouie vivante dans ce tombeau, soit de sa pleine volonté, pour quelque malheur particulier ou pour expier quelque faute, soit, comme il est arrivé, recluse par justice en punition d’un crime. C’était un lieu d’expiation, un sépulcre «pour les femmes affligées, mères, veuves ou filles qui auraient beaucoup à prier pour autrui ou pour elles et qui voudraient s’enterrer vives dans une grande pénitence», dit Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris, où il a mis en scène une de ses recluses, la Sachette, qui s’appelait en sa folle jeunesse, avant son malheur, Paquette la Chantefleurie.
La recluse de Saint-Séverin sous Charles V s’appelait dame Flore; en 1403 l’église Sainte-Opportune avait Agnès du Rocher dans son reclusoir; on connaît parmi les recluses de l’église des Innocents: Alix la Burgotte, morte en 1466, Jeanne la Vaudrière, enfermée en 1442 après une cérémonie et un sermon de l’évêque de Paris, Jeanne Pannoncel, en 1496, enfin une noble dame, Renée de Vendômois, murée en 1485 dans le reclusoir par arrêt du Parlement, pour avoir fait tuer son mari.
Dans ce quartier de l’Université, où le tournant de chaque rue montre quelque pignon de chapelle, d’église, ou de couvent, on trouve Saint-André des Arcs, des Aas, ou des Arts, probablement ainsi nommée à cause du grand enclos de Laas, formé par les jardins romains du Palais des Thermes; c’est une église élevant une jolie tour, au-dessus d’un portail gothique que le XVIIIᵉ siècle défigurera en attendant que la Révolution le supprime.
A l’angle de la rue Saint-Jacques, sur le carrefour entre Saint-Jean de Latran et le collège de Cambrai, une petite chapelle du XIVᵉ siècle, dédiée à saint Yves, est la chapelle des seigneurs bretons de la cour et aussi des avocats de Paris; elle est remplie de sépultures de basochiens, de procureurs et de notaires, saint
ÉGLISE SAINT-SÉVERIN
Yves de Tréguier, le grand saint de Bretagne, avocat lui-même, étant le patron des gens de loi, très révéré surtout par les plaideurs, comme en témoignent les sacs aux paperasses de procédure, apportés en ex-voto pour les causes gagnées. Il y a toujours des procureurs et des procès, et plus qu’autrefois, mais la chapelle Saint-Yves a disparu, démolie en 1797.