Rue Saint-Jacques, au-dessous de la Sorbonne, il y a Saint-Benoît le Bientourné, appelé ainsi après un changement dans l’orientation de l’autel; c’est l’église des gens du noble art du Livre, écrivains, grands imprimeurs ou libraires, si nombreux dans son quartier et en nombre considérable enterrés sous ses voûtes; Saint-Benoît a un beau portail du XVᵉ siècle, de beaux pignons de chapelles sur le côté du cimetière. Saint-Benoît le Bientourné eut une fin mouvementée: vendu en 96, rendu au culte par l’acquéreur, puis revendu à un meunier, il fut transformé en salle de spectacle. Ce fut de 1832 à 1845 le théâtre du Panthéon. La vieille église stupéfaite écouta les flonflons du vaudeville et les rires d’un public bruyant entre tous. Mais le théâtre ne réussit pas et Saint-Benoît fut démoli en 1854.

Saint-Hilaire, Saint-Côme, Saint-Étienne des Grès, vendues et rasées aussi à la Révolution, étaient de toutes petites églises. Les églises Saint-Médard et Saint-Nicolas du Chardonnet eurent plus de chance et furent conservées quand tout se transformait autour d’elles.

Que de moines dans ces rues et que de clochettes de couvents répondant aux cloches des églises, Augustins grands et petits, Bernardins, Mathurins, Carmes, Cordeliers, Jacobins, etc. En face de la pointe de la Cité, s’élève en bordure de la Seine le couvent des Grands Augustins dont l’importance est considérable. C’est là que se fit, le 1ᵉʳ janvier 1579, la cérémonie d’institution de l’ordre du Saint-Esprit, par le roi Henri III qui établit aussi aux Grands Augustins la confrérie des Pénitents Blancs; l’ordre du Saint-Esprit garda chez les Augustins une salle des séances décorée des portraits, bustes ou écussons de tous les dignitaires depuis la fondation. L’église, très riche en monuments, possédait entre autres mausolées celui de Philippe de Commines; à la Révolution, on y installa, avant de la démolir, une imprimerie d’assignats.

Les moines Augustins n’étaient point gens commodes et le vieux couvent qui terminait sur la rive gauche la perspective du Pont-Neuf pouvait, comme une place de guerre, inscrire des sièges dans ses annales, aventures héroï-comiques où les Augustins montrèrent l’humeur batailleuse des moines de la Ligue.

En 1588, l’année des barricades, quand Paris est en pleine révolution et que Guisards et Royaux s’entre-tuent par les carrefours, la mutinerie et la forcenerie de la rue gagnent le couvent, les Augustins se battent entre eux à l’occasion d’une élection de dignitaire.

En 1657, peu après la Fronde, comme la vétusté des bâtiments du Châtelet forçait les tribunaux à chercher un asile ailleurs pendant le temps de leur restauration, on voulut louer pour cela des salles aux Augustins. Les moines refusèrent leurs salles et malgré les ordres du roi, les arrêts du parlement, s’obstinèrent si résolument que l’on dut forcer le couvent, manu militari. L’année suivante devait voir bien autre chose, un vrai siège, une brèche, un combat, avec blessures et morts d’hommes.

LES ANCIENS CHARNIERS DE SAINT-SÉVERIN

Quoi!...

dit la Discorde dans le Lutrin de Boileau,