C’était le moment de la grande querelle de Philippe et du pape Boniface VIII, entamée à propos des subsides réclamés par le roi au clergé. Toujours l’âpre question d’argent, tracas perpétuel de ces temps où l’on n’avait pas encore inventé de ronger l’avenir par l’emprunt à jet continu, de vivre sur le travail des générations à venir.
LA SURPRISE DU TEMPLE PAR GUILLAUME DE NOGARET
Ceci dit non pour excuser, mais pour expliquer les exactions des rois besoigneux, cette perpétuelle course à l’argent si difficile pour le monarque et si dure au pauvre peuple foulé.
Impôts arbitrairement établis, mal répartis et mal perçus, expédients inventés au jour le jour, tailles nouvelles au fur et à mesure des besoins immédiats, vente des offices, extorsions aux financiers dans les moments difficiles: voilà le seul système financier d’alors. Aussi le trésor royal pendant trois ou quatre siècles est-il presque constamment à sec. Henri III en vint à emprunter individuellement aux membres du Parlement, aux grands fonctionnaires, taxant chacun selon sa fortune, demandant aux uns quelques milliers de livres, aux autres cinq cents, deux cents, ou moins encore. Ce roi prodigue, quand l’argent rentrait mal, dut plus d’une fois, en voyage, laisser les manteaux de ses pages en gage. Temps naïfs! on ignorait alors le secret de reporter, par des émissions de rente, ses charges sur le dos de ses descendants, comme nous faisons aujourd’hui.
PHILIPPE LE BEL ASSISTE DU HAUT DE LA TOUR DU TEMPLE A L’INCENDIE DE LA COURTILLE BARBETTE
La lutte entre Philippe le Bel et Boniface VIII, poursuivie à coups de bulles et d’édits, se termina par un coup de force incroyable pour ces temps: l’arrestation du pape arraché de son siège pontifical à Anagni, par Guillaume de Nogaret. Ensuite un accord s’établit entre le roi et Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, élu pape sous le nom de Clément V. L’ordre du Temple devait faire les frais de la réconciliation entre la monarchie et la papauté; le roi vendit la tiare au pape, le pape livra les templiers.
DUGUESCLIN TRAITE AVEC LES CHEFS DES GRANDES COMPAGNIES