[Note 474: ][ (retour) ] Id., 14124. En même temps, l'Empereur faisait exprimer à Gardane son étonnement que la Perse n'eût pas encore signé la paix avec les Russes: «Elle paraissait devoir la désirer d'autant plus, ajoute la dépêche, qu'elle a à soutenir la guerre contre les Afghans et peut-être à s'occuper d'expéditions plus étendues.» 27 juillet 1808, archives des affaires étrangères, Perse, vol. 10.
[Note 475: ][ (retour) ] Corresp., 14207. Cf. Thibaudeau, III, 565 à 567.
Cet ordre est du 17 juillet; le même jour, l'Empereur apprenait la victoire de Médina de Rio-Seco, résultat de la rencontre prévue entre Bessières et les meilleures troupes de l'insurrection espagnole. C'était un beau fait d'armes, la dispersion de trente-cinq mille ennemis par l'élan de trois divisions. Napoléon attribue aussitôt à cet événement des conséquences majeures: «Jamais bataille, écrit-il avec un tressaillement d'aise, n'a été gagnée dans des circonstances plus importantes; elle décide les affaires d'Espagne [476].» En prononçant cette affirmation, il s'avançait trop, et la journée de Médina ne tranchait la question qu'à moitié; pour que le succès d'ensemble fût assuré, il fallait qu'elle eût son pendant dans le Midi, en Andalousie, que Dupont battît Castaños comme Bessières avait écrasé La Cuesta. C'est d'ailleurs ce que Napoléon comprit presque aussitôt, et il reporta sur l'armée d'Andalousie la plus grande part de ses soins; il lui envoyait des renforts, la pressait d'avancer, attendait anxieusement le bulletin de ses opérations, espérant une seconde victoire qui viendrait anéantir les dernières forces régulières de l'Espagne et nous rendrait pour l'automne la liberté de nos mouvements.
[Note 476: ][ (retour) ] Corresp., 14210. Cf. les nos 14212, 14213, 14215 et 14217.
Ce fut un désastre qu'il apprit, la capitulation de Baylen. Dupont, obligé de reculer devant les obstacles accumulés sous ses pas par la nature, le climat, l'ennemi, s'était laissé envelopper, n'avait su ni manoeuvrer ni utilement combattre, s'était rendu à merci, livrant ses hommes, ses fusils, ses canons, ses aigles, infligeant à nos armes cette première flétrissure. Les effets de cette catastrophe se faisaient immédiatement sentir. Joseph, arrivé à Madrid, mais jugeant impossible de s'y maintenir, rétrogradait jusqu'à Vittoria; la domination française, répandue naguère sur toute l'Espagne, refluait jusqu'au pied des Pyrénées, se réfugiait entre ces montagnes et l'Èbre, assiégée de toutes parts par le flot montant de l'insurrection. En se retirant, elle abandonnait Junot en Portugal, l'y laissait isolé, exposé au sort de Dupont; les deux flottes de Cadix et de Lisbonne, sur lesquelles se fondaient tant d'espérances, allaient être perdues pour nous, et l'Angleterre, loin d'attendre l'assaut dont Napoléon la menaçait dans ses possessions les plus reculées, débarquait une armée en Portugal, une armée en Galice, s'avançait vers nos frontières méridionales et prenait l'offensive.
On a tout dit sur l'indignation de l'Empereur à la nouvelle de Baylen et sur les éclats terribles de sa colère. «J'ai une tache là», disait-il en mettant la main sur son uniforme [477], et à la pensée d'une défaillance chez des hommes qui avaient été les vainqueurs d'Iéna et de Friedland, son honneur de soldat, son orgueil de Français saignaient. Chez lui, le politique et le chef d'empire n'étaient pas moins frappés. Connaissant seul les ressorts multiples, mystérieux, compliqués, par lesquels il agissait sur tant de nations et les faisait servir à ses fins, il pouvait seul comprendre à quel point la répercussion de l'échec subi en Espagne les avait tous dérangés et faussés. Seul il pénétrait jusqu'au fond de son malheur; au delà des effets directs du désastre, visibles pour tous, il en découvrait d'autres, ignorés du public, mesurait leur gravité redoutable, et là résidait aussi l'une des causes de cette fureur et de cette peine, de cette douleur «vraiment forte [478]» qu'exhalaient toutes ses lettres. Dans la perte des trois divisions de Dupont, suivie de la retraite sur l'Èbre, il ne voyait pas seulement une atteinte à la gloire immaculée de nos drapeaux, à son renom d'invincible, à ce prestige qui faisait partie de sa force, il voyait encore la ruine de toutes ses combinaisons, tant défensives qu'offensives. Le résultat de Baylen, c'était d'abord le recul indéfini de ces vastes opérations dans l'Orient et sur les mers au delà desquelles apparaissaient la paix avec l'Anglais, la fin de la grande querelle; c'était aussi la révolte du continent tout entier redevenue possible, l'établissement impérial menacé dans toutes ses parties.
[Note 477: ][ (retour) ] Nous tenons ce mot du petit-fils de l'un des hommes qui ont le mieux mérité et possédé la confiance de l'Empereur.
[Note 478: ][ (retour) ] Corresp., 14243. Voy. aussi les nos 14242, 14244, etc.
À la veille de la capitulation, l'Empereur restait maître de l'Europe; protecteur impérieux des États secondaires, il comprimait l'Allemagne et la Prusse par sa Grande Armée, immobilisait l'Autriche par la main de la Russie, et tenait cette dernière enchaînée à sa fortune en lui promettant de l'associer à ses desseins sur la Turquie et au partage des dépouilles. Au lendemain de Baylen, tout changeait de face. Pour reconquérir la péninsule, il faudrait rappeler d'Allemagne une partie de nos forces, dégager la Prusse de notre étreinte, c'est-à-dire la rendre à la tentation de se soulever et de nous attaquer par derrière; l'Autriche, tout armée, semblait n'attendre qu'une occasion pour éclater; elle la trouverait dans notre changement de front, et, pour la retenir, l'aide de la Russie pouvait nous manquer. Dès à présent, le contre-coup de nos revers se faisait matériellement sentir dans le Nord et menaçait d'altérer nos rapports avec Alexandre. Les troupes espagnoles de La Romana, qui formaient l'avant-garde de Bernadotte et occupaient déjà les îles danoises, en attendant qu'elles pussent débarquer en Suède, se soulevaient contre nous au bruit des efforts heureux de leurs compatriotes, passaient à l'ennemi, demandaient à la flotte anglaise de les rapatrier, voulaient s'associer à l'œuvre de délivrance. Cette défection privait Bernadotte d'une force indispensable à l'accomplissement de sa tâche; le mouvement en Scanie, simplement retardé jusqu'alors, devenait inexécutable, et l'on sait quel prix Alexandre attachait à cette diversion. De plus, Napoléon, obligé de suspendre sa marche vers la Turquie, ne pourrait plus offrir à la Russie l'avantage principal et extraordinaire qu'elle attendait de notre alliance. Le grand contrat en préparation depuis six mois entre les deux empereurs ne pourrait se former, faute d'objet, et Napoléon sentait lui échapper à la fois les moyens de contenir ses ennemis, celui de s'assurer la fidélité intéressée de son allié.