[Note 40: ][ (retour) ] Documents inédits.
[Note 41: ][ (retour) ] J. de Maistre, Correspondance, III, 208.
[Note 42: ][ (retour) ] On dit et nouvelles, janvier 1809.
L'empereur Alexandre, il est vrai, se montrait près d'elle «le chevalier le plus galant, le plus prévenant [43]»; mais il était aisé de reconnaître que ces hommages restaient voulus; ils s'adressaient à la souveraine malheureuse plus qu'à la femme, et le jeune monarque ne retrouvait plus ses impressions d'autrefois. Ajoutons que son cœur s'était repris ailleurs. Mme Narischkine avait reparu et ne manquait aucune fête. Confiante en ses charmes, elle affectait comme à l'ordinaire une mise d'une simplicité superbe: peu d'ornements et de parure, à peine de bijoux; seulement, elle avait pris soin d'entremêler à ses beaux cheveux noirs quelques fleurs de «ne m'oubliez pas». Alexandre avait-il besoin de ce muet et touchant rappel pour comprendre et revenir? Toujours est-il que les regards passionnés, les attentions compromettantes furent pour celle qui les sollicitait discrètement: «Les hommages qu'elle cherchait ont été aussi publics que de coutume: on dit les soins les mêmes, les visites même plus fréquentes [44].» Dans l'épreuve à laquelle l'attendaient ses ennemis, la favorite avait trouvé l'occasion de reprendre et de consolider son empire.
[Note 43: ][ (retour) ] Caulaincourt à Napoléon, 15 janvier 1809.
[Note 44: ][ (retour) ] On dit et nouvelles, janvier 1809.
Moins accessible que de coutume aux séductions de la Reine, Alexandre se laisserait-il ramener à la Prusse et détacher de Napoléon par des motifs d'un ordre moins intime?
Bien que les fêtes parussent absorber tous les instants, la politique ne fut pas totalement absente du voyage; elle eut sa part dans les entretiens entre le Tsar et le Roi, mais Alexandre, loin de se montrer disposé à entrer contre nous dans de nouveaux accords, ne fit entendre à ses hôtes que des conseils de résignation. S'il ne renonçait pas à obtenir de Napoléon des adoucissements à leur sort, s'il ne cessait de réclamer pour eux justice et pitié, il les exhortait en même temps à se plier momentanément aux exigences du vainqueur. Il ne leur défendait pas d'espérer des jours meilleurs, mais les suppliait de ne point compromettre l'avenir par des révoltes inutiles et prématurées. Suivant certains témoignages, il serait allé plus loin: «Si j'en crois, écrivait Caulaincourt, une personne assez digne de foi et qui m'a assuré l'avoir entendu, à un dîner chez l'Impératrice mère et devant elle en prenant le café, l'Empereur causant avec le roi de Prusse lui aurait dit que la géographie autant que la raison voulaient que la Prusse se rattachât comme autrefois au système de la France. N'a-t-on pas composé cela pour moi [45]?» Si justifié que puisse paraître en cette occasion le scepticisme de l'ambassadeur, il est certain qu'Alexandre laissa repartir le Roi et la Reine comblés de «toutes les délicatesses de l'amitié [46]», mais nullement encouragés à se mêler, quoi qu'il pût arriver, aux agitations de l'Allemagne [47]. Comme il avait rencontré chez Frédéric-Guillaume une docilité accablée, comme d'autre part le caractère alarmant des mesures prises par l'Autriche lui échappait toujours, il s'imagina une fois de plus avoir assuré la paix continentale et retourna à sa quiétude.
[Note 45: ][ (retour) ] Caulaincourt à Napoléon, 15 janvier 1809.
[Note 46: ][ (retour) ] J. De Maistre, Correspondance, III, 190.