[Note 587: ][ (retour) ] Mémoires de Suremain, d'après Ernouf, 263-264. Geffroy, 1291-1294. Rapport de Desaugiers.

Seul, le vieux roi résistait; il ne se résignait point à subir pour héritier un parvenu de l'épée auquel Napoléon n'avait pas même fait faire un premier stage sur le trône, en lui confiant l'un des États à sa disposition. Les ministres, sentant la nécessité de céder au torrent, députèrent au Roi M. de Suremain, pour le raisonner et le fléchir. Suremain le trouva fatigué par une nuit d'insomnie, portant sur ses traits l'empreinte de ses préoccupations. «Je ne sais plus qui choisir, disait-il. Je m'étais arrêté au prince d'Augustenbourg; c'est mon cousin, c'est le frère du défunt. Cela ne peut plus avoir lieu, vous-même m'avez parlé contre. À présent, ne viennent-ils pas avec leur Bernadotte! Ils disent que l'Empereur le veut. Son chargé d'affaires agit en sens contraire. Lagelbielke n'en mande pas un mot de Paris. Il y a de quoi devenir fou... Pardieu! Si l'Empereur veut que je prenne un général français, il peut bien l'articuler plutôt que de vouloir me le faire deviner. Ne m'avez-vous pas dit qu'il n'aimait pas Bernadotte?

«--Oui, Sire, cela était si connu que, l'hiver dernier, pendant mon séjour à Paris, on me conseillait de le voir très peu.

«--Que pensez-vous de lui? Gustave Mœrner le porte aux nues [588].

[Note 588: ][ (retour) ] Il s'agissait ici d'un Mœrner autre et plus qualifié que le lieutenant accouru à Paris.

«--Il m'est impossible de juger des qualités essentielles d'un homme avec lequel je n'ai eu que des rapports de société. Il est bel homme, très poli, s'exprime avec une grande facilité. Sa tournure est vraiment distinguée.

«--Rien qui sente la Révolution?

«--Je ne m'en suis pas aperçu. Il a bonne réputation en France: on ne le compte pas au nombre des pillards.

«--Quand il aurait toutes les qualités possibles, songez-vous au ridicule de prendre un caporal français pour héritier de ma couronne?

«--Sire, j'en conviens, et cela me choque autant que vous. Mais il faut songer au danger qu'il y aurait d'être forcé de le faire...