[Note 142: ][ (retour) ] Beer, 398-400. Wertheimer, Geschichte Œsterreichs und Ungarns im ernsten Jahrzehnt des 19 Jahrhunderts, II, 354, d'après les documents autrichiens, spécialement les lettres de l'archiduc Ferdinand à l'archiduc Charles.

[Note 143: ][ (retour) ] Soltyk, 283 et 298.

Cette conduite exaspérait les Polonais, non moins que l'attitude équivoque des Russes devant l'ennemi. L'état-major de Poniatowski, le conseil d'État du duché, qui représentait l'autorité suprême, criaient très haut à la trahison; avec l'intempérance de pensée et de langage propre à la nation, militaires et civils ne se contentaient point d'invoquer des faits vrais, ils les exagéraient, les dénaturaient au besoin, en inventaient d'autres, pour les signaler à qui de droit. Ils écrivaient à l'empereur Napoléon, au major général Berthier, à M. de Caulaincourt; ils adressaient au prince Galitsyne lui-même des protestations où se dissimulait mal, sous les formes du langage officiel, un âpre ressentiment. De son côté, Galitsyne reprochait aux officiers de Poniatowski leurs allures indépendantes, leurs procédés révolutionnaires, les espérances qu'ils affichaient et répandaient autour d'eux, jusqu'au nom de Polonais qu'ils se donnaient et dont la Russie contestait la légalité; il en résultait d'aigres discussions, une guerre de paroles où l'on se jetait mutuellement à la face des griefs justifiés, où chacun avait à la fois tort et raison.

Chacun de ces incidents pénibles, retentissant à Pétersbourg, ajoutait au malaise ressenti dans cette capitale et aux embarras de Caulaincourt. C'était à cet ambassadeur qu'aboutissaient toutes les plaintes, avec le devoir de les appuyer ou d'y répondre; il devait incriminer la conduite des généraux russes et défendre en même temps celle des Polonais, tâche d'autant plus ingrate qu'il sentait croître chaque jour les défiances d'Alexandre. Rapportant tout à l'idée qui faisait son tourment, le Tsar croyait en découvrir dans les plus petits faits l'indice et la preuve. «Propos, écrits, conduite, disait-il en montrant la Galicie et le duché, rien n'est là dans le système de l'alliance. Il faut qu'on s'explique [144].» Quant à Roumiantsof, la Pologne lui devenait littéralement un cauchemar. Pour rassurer le monarque et son conseiller, subissant l'un et l'autre l'influence d'une société exaspérée, les efforts de Caulaincourt demeuraient impuissants, et même les mesures auxquelles Napoléon s'était arrêté par ménagement pour la Russie allaient contre leur but, étaient accueillies avec défaveur et prises en mauvaise part. L'ordre donné d'occuper au nom de l'Empereur les districts insurgés de la Galicie offusqua fort Alexandre: «il ne pouvait souffrir, disait-il, que l'on créât une province française sur ses frontières [145].» Ce qui le froissait particulièrement, c'était l'inattention de l'Empereur à lui répondre; ce défaut de formes blessait, inquiétait le monarque qui en mettait de si raffinées dans tous ses rapports personnels avec son allié, et le silence de Napoléon, à mesure qu'il se prolongeait, lui semblait de sinistre augure et gros d'arrière-pensées.

[Note 144: ][ (retour) ] Rapport de Caulaincourt du 17 juillet.

[Note 145: ][ (retour) ] Rapport de Caulaincourt du 17 juillet.

Enfin, le 23 juillet, l'aide de camp Tchernitchef reparut à Pétersbourg: il arrivait en droite ligne du champ de bataille de Wagram, où Napoléon l'avait tenu à ses côtés toute la journée et lui avait remis la croix de la Légion d'honneur [146]. Il apportait en même temps une lettre de l'Empereur. Napoléon avait mis son orgueil à ne répondre au Tsar que pour lui annoncer un triomphe, pour lui faire sentir que la France, laissée à elle-même, avait su néanmoins surmonter tous les obstacles. Cette hautaine intention perce à travers les excuses qu'il allègue; elles étaient d'ailleurs de telle nature que lui seul pouvait en présenter de pareilles. «Monsieur mon Frère, écrivait-il, je remercie Votre Majesté Impériale de ses aimables attentions pendant trois mois. J'ai tardé à lui écrire, parce que j'ai d'abord voulu lui écrire de Vienne. Après cela, je n'ai voulu lui écrire que lorsque j'aurais chassé l'armée autrichienne de la rive gauche du Danube. La bataille de Wagram, dont l'aide de camp de Votre Majesté, qui a toujours été sur le champ de bataille, pourra lui rendre compte, a réalisé mes espérances [147]...»

[Note 146: ][ (retour) ] «Je voudrais l'avoir méritée, disait Alexandre, et la recevoir de la même manière que lui et à côté de l'Empereur.» Rapport n° 44 de Caulaincourt, 26 juillet.

[Note 147: ][ (retour) ] Corresp., 15508.

En effet, les journées des 5 et 6 juillet ont magnifiquement réparé l'insuccès d'Essling. Napoléon a fait ce prodige de surprendre l'ennemi en exécutant une opération prévue, préparée, annoncée depuis six semaines. Cent soixante quinze mille Autrichiens l'attendaient entre Aspern et Essling, derrière des défenses accumulées. En débouchant brusquement par la pointe est de l'île de Lobau, il trompe leurs prévisions, tourne et fait tomber leurs ouvrages, se donne le temps de jeter cent cinquante mille hommes sur la rive gauche et de les déployer perpendiculairement au fleuve avant qu'on ait pu lui opposer une résistance sérieuse; il marche alors à l'armée de l'archiduc, qui a dû se reporter sur les hauteurs d'Enzersdorf et de Deutsch-Wagram, et il l'arrache de ces positions dans la plus formidable bataille qu'il ait encore livrée. La victoire de Wagram nous assure définitivement la ligne du Danube et refoule les forces autrichiennes dans les parties excentriques de la monarchie; ce coup retentissant détruit à nouveau les espérances de tous nos ennemis, avoués ou secrets, accable et prosterne l'Europe.