[Note 298: ][ (retour) ] Mémoires de Metternich, II, 314.
[Note 299: ][ (retour) ] Id., 315.
[Note 300: ][ (retour) ] Id., 315.
Dans les jours qui suivirent, Laborde recommença ses allées et venues entre le cabinet du duc de Bassano et l'ambassade d'Autriche. Le 12 janvier, M. de Champagny, pendant une audience donnée à Schwartzenberg, renouvela ses questions sur la princesse Louise; pour prouver que l'Empereur restait libre de tout engagement, il reprit et commenta les termes de sa circulaire [301]. Enfin, s'il faut en croire une anecdote dont Metternich lui-même a garanti l'authenticité, Napoléon eût voulu personnellement reconnaître le terrain, en cachette et sous le masque. À Paris, la saison mondaine, interrompue par le divorce, avait repris son cours; les Tuileries s'étaient rouvertes, et les grands dignitaires rivalisaient de faste dans de brillantes réceptions. En cet hiver de 1810, la mode était aux bals masqués [302]. Après une fête de ce genre, le bruit courut que, pendant la soirée, l'Empereur en domino aurait accosté madame de Metternich et, entre beaucoup de propos frivoles, lui aurait demandé si l'archiduchesse consentirait à devenir impératrice, si le père n'y mettrait point d'obstacle [303].
[Note 301: ][ (retour) ] Helfert, 84, 85.
[Note 302: ][ (retour) ] Mémoires de Marbot, t. II, 308-309.
[Note 303: ][ (retour) ] Mémoires de Metternich, I, 95. Cf. les Souvenirs du baron de Barante, I, 312.
Avant même de recevoir cette invite, madame de Metternich avait transmis à Vienne les paroles de Joséphine, d'Eugène et d'Hortense; Schwartzenberg avait fait de même pour les insinuations de Laborde. D'ailleurs, la cour d'Autriche, toujours experte en fait de diplomatie matrimoniale, n'avait pas attendu de connaître ces incidents pour prévoir l'hypothèse d'une demande et se mettre en mesure d'y faire face: dès le début de janvier, Schwartzenberg avait reçu de Metternich des instructions l'invitant, pour le cas où l'empereur des Français songerait à l'archiduchesse Louise, «loin de rejeter cette idée, à la suivre, à ne point se refuser aux ouvertures qui pourraient lui être faites [304]». Metternich posait bien certaines réserves, mais de pure forme et destinées simplement à sauvegarder la dignité de sa cour; en réalité, un scrupule de conscience arrêtait seul l'empereur François: c'était la crainte que le lien religieux entre Napoléon et Joséphine n'eût point été dissous; or, la décision rendue par l'officialité de Paris venait de lever cet obstacle. Dans ces conditions, Schwartzenberg se crut autorisé à se montrer plus affirmatif avec Laborde; vers le 15 janvier, en se référant tant à ses paroles qu'à de nouvelles assurances venues directement de Vienne, Napoléon acquit la certitude à peu près absolue que l'Autriche n'attendait qu'un signal pour prononcer son adhésion et faire éclater ses sentiments.
[Note 304: ][ (retour) ] Metternich, II, 313.
Cette facilité charma l'Empereur; elle dépassait ses prévisions et répondait vraisemblablement à ses désirs présents. Il est certain que les plaintes réitérées d'Alexandre, dont il s'était senti importuné et blessé, lui avaient rendu moins cher le parti auquel il s'était livré tout d'abord: nous avons vu renaître et croître en lui un mécontentement contre la Russie, fait de successives impatiences. De plus, dès qu'il avait conçu quelque espoir d'être agréé à Vienne, ne s'était-il point laissé attirer de ce côté par une secrète et orgueilleuse prédilection? Il était allé à la Russie très délibérément, par raison, un peu par nécessité, par désir de rester dans le système auquel il s'était attaché et d'imprimer à sa politique un caractère de stabilité, plutôt que par un entraînement bien vif vers une alliance qui l'avait plusieurs fois déçu; à présent, l'Autriche n'était-elle point son inclination? Napoléon n'était nullement insensible au prestige d'un grand nom. Par une complexité de sa nature, la violence avec laquelle il s'était naguère acharné sur l'Autriche était faite d'instincts révolutionnaires, d'emportement contre la maison qui personnifiait le mieux le droit ancien, mais aussi de quelque regret, de quelque dépit peut-être, de se voir repoussé et méconnu par elle: il avait juré sa perte à maintes reprises, parce qu'il désespérait de gagner son amitié et de s'en orner; il l'avait furieusement haïe et parfois cherchée. Aujourd'hui, en se révélant possible, aisément et promptement réalisable, le mariage autrichien lui découvrait des horizons éblouissants et profonds. Cette union ajouterait à son front tant de fois couronné par la victoire la seule auréole qui lui manquât; elle lui ferait des aïeux, vieillirait d'un seul coup sa jeune dynastie, l'égalerait aux Bourbons; elle le relierait à tous ses prédécesseurs dans le gouvernement de la chrétienté, et même, par ces Césars germaniques qui avaient reçu jadis le dépôt de l'Empire, le rattacherait à l'antique Rome, source à ses yeux de toute majesté et de toute splendeur. Puis, quelle tentation pour son génie réparateur que d'effacer les plus odieux souvenirs de la Révolution dans l'éclat même d'une dernière victoire sur les passions et les préjugés d'autrefois, de réaliser ainsi plus complètement la fusion entre les éléments divers dont il voulait composer sa France, de réconcilier le passé et le présent pour fonder l'avenir!