P. S.--Les troupes espagnoles qui se sont sauvées avec le marquis de La Romana ne se montent qu'à 5,000 hommes; 7,000 sont restés entre les mains du prince de Ponte-Corvo. J'ai ordonné qu'on les désarmât et qu'on les fît prisonniers.

Saint-Cloud, le 7 septembre 1808.

M. de Caulaincourt, je reçois votre lettre du 23 août. Je partirai d'ici le 20 du mois pour être rendu à Erfurt à tems. Le général Oudinot part pour prendre le commandement de la ville d'Erfurt. Des maréchaux de logis de la cour partent pour marquer les logemens. Un bataillon de ma garde s'y rend pour tenir garnison. Le maréchal Lannes part pour aller à la rencontre de l'Empereur sur la Vistule. Le maréchal Soult est prévenu à Berlin pour que tout soit convenablement disposé. Quelque chose qu'on fasse, je crains qu'on soit mal à Erfurt. Peut-être auroit-on bien fait de préférer Weimar: le château est superbe, et on y auroit été mieux. Je ne me souviens pas des raisons qui ont fait donner la préférence à Erfurt. Si c'étoit à cause de moi, je serois aussi bien à Weimar. Cependant tout sera prêt à Erfurt.--Vous trouverez ci-joint le Moniteur qui vous fera connoître les affaires d'Espagne. J'ai des nouvelles du Portugal du 20 août; tout étoit dans le meilleur état à Lisbonne; les Russes et les Français y étoient de la meilleure intelligence et se préparaient à se défendre contre tout événement. Hier il y a eu une séance extraordinaire du Sénat, présidée par l'Archichancelier, à laquelle les Princes ont assisté. Champagny y a lu deux rapports sur les affaires actuelles et donné communication des différents traités faits avec les princes de la maison d'Espagne. Il en est sorti un sénatus-consulte portant levée de 160,000 combattans. Du reste, tout est fort tranquille. Du côté de l'Espagne, nous avons des avantages; la division est parmi les rebelles. Le Roi gagne tous les jours; de nombreux renforts arrivent, et déjà tout se prépare pour marcher en avant.--Puisque l'Empereur n'est plus très nécessaire chez lui, il feroit bien, d'Erfurt, de passer jusqu'à Paris. Si vous pensez que cela soit dans ses projets, vous ne sauriez me le faire connoître trop tôt. En conséquence de votre dernière lettre, Mondragon, ambassadeur de Naples, part de Paris et continue sa route. Celui d'Espagne va recevoir ses nouvelles lettres de créance.

P. S.--Je joins au Moniteur du 5 celui d'aujourd'hui qui contient les différentes pièces relatives aux affaires d'Espagne. Il n'y a aucun inconvénient que vous en remettiez un exemplaire à M. Romanzoff et que vous les communiquiez à l'Empereur.

À Saint-Cloud, le 7 septembre 1808.

M. le général Caulaincourt, le maréchal Lannes se rend sur la Vistule à la rencontre de l'empereur de Russie pour assurer toutes les escortes et complimenter ce prince; il lui remettra une lettre de ma part. Sur ce, je prie Dieu, etc.

Saint-Cloud, le 14 septembre 1808.

M. de Caulaincourt, je reçois votre lettre du 29 août. Vous avez trouvé dans les Moniteurs qui ont paru et vous verrez dans celui d'hier que je vous envoye toutes les pièces relatives aux affaires d'Espagne. La plus grande confusion règne parmi les insurgés; mes troupes avancent à grands pas vers l'Espagne, et mon armée se fortifie tous les jours. Le roi d'Espagne est à Burgos; à trente lieues de lui, il n'a aucun ennemi.--L'Empereur a dû trouver le maréchal Lannes sur la Vistule. Le général Oudinot est à Erfurt, dont il a le commandement. Un détachement de ma maison y est déjà arrivé. Le prince de Bénévent part le 16 et sera rendu à Erfurt le 20. M. de Champagny part le 18. Moi je partirai le 20. Le prince de Neuchâtel voyagera dans ma voiture.--Le prince Guillaume a pris ce matin congé. Toutes les affaires de Prusse sont terminées. Enfin les 80,000 conscrits des années 1806, 1807, 1808 et 1809 seront tous levés avant le 1er novembre. Je verrai, pour lever les 80,000 autres, quelle sera l'issue des événemens. J'ai été fort sensible au langage de l'Empereur. Les dernières nouvelles de Lisbonne sont du 18 août; alors les Anglais paraissoient faire de grands mouvemens. Je n'ai point de renseignemens ultérieurs.

À Aranda de Duero, 27 novembre 1808.

M. de Caulaincourt, je reçois votre lettre sans date que je suppose être du 5 novembre. J'imagine que M. Champagny vous aura fait connoître par des courriers tout ce qui se passe d'important dans ce pays, tel que le combat de Burgos, les affaires d'Espinosa, celle de Tudela, où les armées de Galice, des Asturies, d'Estremadure, d'Aragon, d'Andalousie, de Valence et de Castille ont été détruites. Le général Saint-Cyr, aussitôt que Rosas sera pris, ce qui n'est pas éloigné, marchera en Catalogne pour faire sa jonction avec le général Duhesme qui a 15,000 hommes à Barcelone, bien approvisionnés et dans le meilleur état. Vous pouvez dire à l'Empereur que je serai dans six jours à Madrid d'où je lui écrirai un mot. Il n'y a rien de mauvais comme les troupes espagnoles, 6,000 de nos gens en bataille en chargent 20, 30 et jusqu'à 36,000. C'est véritablement de la canaille; même les troupes de la Romana que nous avions formées en Allemagne n'ont pas tenu. Au reste, les régimens de Zamora et de la Princesse ont subi le sort des traîtres, ils ont péri. Les Anglais se concentrent en Portugal. Ils ont fait avancer des divisions en Espagne. Mais à mesure que nous approchons ils reculent.--J'ai envoyé il y a peu de jours à Champagny mes ordres pour répondre à la note de l'Angleterre. Quant à l'Autriche, sa contenance n'est que ridicule. Je laisse en Allemagne 100,000 hommes. J'en ai 150,000 en Italie et la moitié de ma conscription qui marche. D'ailleurs ici la grosse besogne est déjà faite.--Le ministre de Russie à Madrid a été insulté par la canaille qui s'est amusée à pendre et à traîner dans les rues deux Français qui étoient à son service, mais dans peu de jours il sera délivré. Sur ce, je prie Dieu, etc.