En 1523, à la fête de la Présentation, de grand matin, est mort, après avoir reçu les saints sacrements, mon honoré beau-père Hans Frey, qui a été malade près de six longues années, et qui a aussi eu à essuyer de grandes adversités dans cette vie.

Dieu tout-puissant, sois-lui miséricordieux!

Rien dans les papiers de Dürer ne dit positivement où il a voyagé de 1490 à 1494; mais Roth (J.-F.), diacre de l'église Saint-Jacques à Nuremberg, dans un livre intitulé Leben Albrecht Dürer, publié en 1791, nous dit: «En 1490, Albert Dürer voyagea à travers l'Allemagne, les Pays-Bas et poussa jusque dans la Vénétie.»

Une phrase de la deuxième lettre à Pirkeimer nous fait penser que Roth a raison; du reste un voyage de Nuremberg à Venise était chose très-peu extraordinaire à la fin du XVe siècle. Les relations des deux villes étaient très-suivies; une grande quantité de marchands de Nuremberg avaient une succursale de leur maison à Venise, et un messager partait chaque semaine de Nuremberg et un autre de Venise.

Beaucoup de jeunes gens visitaient l'Italie pour compléter leurs études; ajoutons que l'on voit dans une des gravures du maître, faite avant 1506, une gondole comme celles que l'on ne rencontre que sur l'Adriatique, et le marinier la conduit trop bien à la façon des Vénitiens, pour n'avoir pas été dessiné d'après nature.

Sandrart assure qu'il séjourna dans les Pays-Bas; mais dans ses notes de voyage, Albert Dürer ne fait pas une seule fois allusion à une visite antérieure.

En 1492, il traversa Colmar, nous dit Scheurl, qui prétend le tenir d'Albert Dürer lui-même; il fut fort bien reçu par les trois frères de Martin Schongauer (Martin le Beau), mais il eut le regret de ne pas voir le célèbre artiste qui, le premier, osa s'affranchir de l'imitation des peintres hollandais et remplacer la roideur et la sécheresse par la distinction et la grâce. Il était mort depuis quatre ans.

De 1494 à 1505, Albert Dürer ne quitta pas Nuremberg, sa ville natale; il y vécut à l'ombre, dans l'étude, sans autre distractions que ses longs entretiens avec son ami Pirkeimer, qu'il appelait son second père et qui était un peu son professeur, à leur insu à tous les deux.

J'ai visité sa triste maison[ [8]; j'y ai rencontré à chaque pas l'ombre exécrée de sa femme, cette abominable Agnès Frey, si belle, si honnête, si pieuse, si acariâtre, si intolérante et si avare. J'avais le cœur gros en pensant à ce qu'avait dû souffrir ce pauvre homme de génie pendant les longues années qu'il a passées avec ce monstre charmant qui le tuait à petit feu.

Vers la fin de 1505, il partit pour Venise où il séjourna un an environ; c'est de là qu'il adressa à Bilibald Pirkeimer les huit lettres intimes que l'on trouvera plus loin.