Le vendredi matin, nous partons pour Bommel; là survient une furieuse tempête qui nous oblige à louer pour un florin des chevaux de paysan qui nous portent tant bien que mal à Bois-le-Duc. Bois-le-Duc est une jolie ville qui renferme de belles et riches églises et qui est solidement fortifiée. J'y dépense dix sous que maître Arnold[ [93] veut absolument payer. Les orfévres de l'endroit viennent me voir et me font beaucoup de politesses.

Le jour de Notre-Dame, nous arrivons de bonne heure au magnifique village d'Osterwyck, de là à Tilborg, où nous faisons un repas assez convenable, et nous restons coucher à Baerle; mais comme mes compagnons tombent en désaccord avec l'aubergiste, nous partons pour Hoogstraeten après deux heures de repos. Arrivés à Harfth, nous déjeunons en face de l'église Saint-Léonard pour quatre sous.

Le jeudi après l'Assomption, je revois Anvers; je donne quinze sous au voiturier et je vais me loger de nouveau chez Joost Planckfeld. Je dîne trois fois avec lui et deux fois avec ma femme. Le premier portrait que je fais est celui de Nicolas Sombalis.

Pendant sept semaines qu'a duré mon voyage, ma femme et ma servante ont dépensé sept couronnes pour le ménage et quatre florins pour les menus objets. Je dépense quatre sous avec des camarades. Je dîne six fois chez Tommaso.

Le jour de la Saint-Martin, dans l'église de Notre-Dame, on coupe la bourse de ma femme; elle valait un florin et contenait deux florins et quelques clefs.

Le soir de la Sainte-Catherine, je paye à Joost Planckfeld dix couronnes d'or en à-compte de ce que je lui dois.

Je dîne deux fois chez les Portugais. Rodrigue me fait cadeau de six noix indiennes; je donne deux sous à son domestique, et dix-neuf sous pour du parchemin. Je prends la monnaie de deux couronnes.

Je vends les gravures suivantes: deux Adam et Ève, très-belles épreuves, un saint Jérôme, un cavalier, une Némésis, un saint Eustache, dix-sept pièces gravées à l'eau-forte, huit quarts de feuilles, dix-neuf pièces sur bois, sept mauvaises gravures sur bois et dix livres de la petite Passion, le tout pour huit florins; pour une once de couleur de plomb je donne trois gros livres. Je prends la monnaie d'un florin de Philippe et ma femme celle d'un florin simple.

A Ziericzée (en Zélande), une forte marée chassée par l'ouragan fait échouer une baleine; elle a plus de cent toises de long et personne ne se souvient d'en avoir vu une pareille en Zélande.

Ce poisson ne peut être mis à flot; les habitants voudraient s'en débarrasser parce qu'il infecte la contrée. Il est si monstrueux qu'ils n'espèrent pas avant six mois d'ici pouvoir le mettre en pièces et le réduire en huile.