Stéphan Capello me donne un chapelet en cèdre, à condition que je ferai son portrait. J'achète pour quatre sous de tripoli et du papier pour trois sous.

Je fais le portrait de Félix à genoux, à la plume, dans son album; il me donne cent huîtres. Je fais présent au seigneur Lazare, surnommé le Grand Homme, d'un saint Jérôme sur cuivre et de trois grands livres. Rodrigue m'envoie du vin fort et des huîtres. J'invite à dîner Tomasin Gerhard, sa fille et son mari, Honing, le peintre sur verre, Félix, Joost et sa femme; cela me coûte deux florins. Thomassin me fait cadeau de trois aunes de gros damas.

Le soir de la Sainte-Barbe, je me rends à Bergen[ [94], je dépense un florin six sous et douze sous pour le cheval. J'achète dans cette ville une faille pour ma femme; je la paye un florin sept sous; je donne six sous pour trois paires de souliers, un sou pour un microscope et six sous pour une pomme d'ivoire.

Je dessine les portraits de Jean de Haes[ [95], de sa femme et de ses deux filles au charbon noir, et je fais des croquis de sa servante et d'une vieille femme au poinçon sur son album. Je visite la maison de ville de Bergen, elle est très-belle. Bergen est une ville fort agréable en été: elle a deux foires considérables par an.

La veille de la fête de la Vierge, je pars avec mes compagnons pour la Zélande. Sébastien Imhoff me prête cinq florins.—Nous passons la première nuit sur le navire à l'ancre; il fait très-froid et nous n'avons rien à boire ni à manger. Le samedi, nous arrivons à Ter-Goes, où je dessine une jeune fille avec son costume national. Nous partons pour Erma et arrivons devant l'île de Walcheren; nous passons la nuit à Ernig; de là nous allons à Middelbourg. Dans l'église de l'abbaye[ [96], je remarque le grand tableau de Jean de Mabuse[ [97], qui est mieux peint que dessiné[ [98]. De là je pars pour la jolie ville de Terveer, où relâchent des vaisseaux de tous les pays.

FAC-SIMILE D'APRÈS ALBERT DURER.
BAUDRAN SCULP.
BOURGEOIS D'ANVERS.
(Cabinet de M. Didot.)
Gazette des Beaux Arts. Imprimerie A. Salmon

A Aremuidem, il nous arrive un grand malheur. Au moment où nous voulons prendre terre, après avoir lancé notre câble sur le rivage et qu'une grande partie de l'équipage est déjà descendue, un vaisseau vient se heurter avec force contre le nôtre. Comme à cause de la presse j'avais laissé passer devant moi la foule, j'étais encore dans le navire avec Georges Kotzler, deux vieilles femmes, le capitaine du navire et un mousse. Le vaisseau qui nous avait abordés nous entraîne, et malgré nos efforts nous ne parvenons pas à nous dégager. Alors le câble se rompt et un violent coup de vent nous rejette en pleine mer.—C'est en vain que nous crions au secours, personne n'ose se hasarder, le capitaine se lamente parce que ses matelots sont descendus et que son navire n'est plus assez chargé. La position est désespérée, le vent souffle avec violence et nous ne sommes pas plus de six personnes à bord. Je dis au capitaine de prendre courage et de mettre son espoir en Dieu.

—Et après? me répondit-il.

—Et après, lui dis-je, carguez la petite voile.