Je lui fais présent de la Véronique que j'ai peinte à l'huile, et d'un Adam et Ève fait par Frans; il me donne à son tour une hyacinthe et une agate, sur laquelle est gravée une Lucrèce, que tout le monde évaluera à quatorze florins.
J'achète deux paires de souliers pour quatorze sous, et deux petites boîtes à un sou pièce. Je donne sur du papier gris, avec du blanc et du noir, trois figures et deux costumes flamands, et je mets en couleur pour un florin l'écusson d'un Anglais.
Je fais çà et là beaucoup de dessins, et d'autres choses à la convenance des personnes que je vois, mais la plupart du temps mon travail ne m'est pas payé.
Entrès (de Curaçao) me donne un philippe pour un écusson et une tête d'enfant.
Je paye deux sous pour des brosses. Je dîne cinq fois chez Tommaso, et donne six sous au docteur. Ma femme tombe malade. Le médecin reçoit dix-huit sous en divers payements. Je paye deux florins onze sous pour recettes et médecines à l'apothicaire, et huit sous au moine qui est venu voir ma femme, de nouveau vingt-quatre sous à l'apothicaire pour un clystère. J'achète toute une pièce de satin pour huit florins, et je donne encore autant pour quatorze aunes de satin fin. Je paye quatre sous au tailleur et dix sous pour des bandes.
En 1521, le mercredi après la fête Corpus-Christi, je fais transporter d'Anvers à Nuremberg, par le voiturier Antoine Mez de Schlaudendorff, mes grands ballots. Je le paye un peu moins d'un demi-florin par quintal, c'est-à-dire en tout un florin.
Je dessine au fusain le portrait du jeune Rehlinger d'Anvers.
Le huitième jour après Corpus-Christi, je vais à Malines avec ma famille pour voir Mme Marguerite; je descends à l'auberge de la Tête-d'Or, chez maître Henri[ [120], le peintre. Les peintres et les statuaires m'invitent à dîner dans mon propre logement, et me rendent beaucoup d'honneurs.
Je visite la maison de Popenruter, le fondeur d'artillerie, et j'y trouve des choses vraiment dignes d'admiration. Je vais rendre visite à Mme Marguerite, qui refuse d'accepter le portrait de l'empereur que je lui offre.
Le vendredi, elle me montre ses superbes collections; j'admire principalement quarante miniatures à l'huile, les plus belles qui soient. Je vois aussi de beaux tableaux de Jean[ [121] et de Jacob Walch[ [122]. Je prie Mme Marguerite de me donner le livre de dessins de maître Jacob; mais elle me répond qu'elle l'a promis à son peintre[ [123]. Je remarque une belle bibliothèque.